Humeur. Le sein sur la sellette

Par Renée Valet-Huguet

Monokini, allaitement en public, le sein, récemment, a été sommé de se recouvrir. Dans le même temps, certaines décidaient de le laisser libre sous l’étoffe. Zoom sur ce globe obstinément désirable

Photo Google. Norman Alfred Williams Lindsay (1921)

L’objet ambigu, obsédant

Sans rire, c’est un notaire qui nous a poussées à considérer, dans son ensemble, le globe d’un sein. Nous étions à l’étude, et, en préambule, nous vint une remarque, « Votre pétulante secrétaire n’est pas là? » Lui, se fermant brusquement, jeta, « Fini. Elle est allée montrer ses seins ailleurs. »
Bigre ! Pour nous, les décolletés de la secrétaire étaient moins déplacés que le regard qu’il portait, lui, sur le corps de la jeune femme. Laquelle est une personne de son temps, portant des décolletés à la fois profonds et inoffensifs, en ce sens que depuis quelques années, la plupart des soutiens-gorge augmentent par leur rembourrage le volume des seins, mais effacent les tétons. Effacent aussi la forme personnelle du sein. L’ère de la poitrine uniformisée : haute et ronde, hyper-sexualisée. Néanmoins comme amputée du téton. C’est ce relief qui gêne. Selon Camille Froideveaux-Metterie, philosophe et autrice, les tétons représentent à la fois la fonction nourricière, maternelle et la fonction sexuelle des seins. Les montrer dans l’espace public devient problématique car cela relève de la sphère privée et intime.
Les réseaux sociaux n’imposent-ils pas, pour les femmes, des cache-tétons ?

Photo Pinterest.

Cachez ce sein…

En mai 2021, une maman donne le sein à son bébé en public ; paf ! une claque. Envoyée par une femme. En juin, un proviseur tance une adolescente dont la poitrine vivait librement sous une robe. L’été 2020, à Saint-Marie-la-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, des gendarmes demandent à des adeptes du monokini de remettre le haut. Alors qu’il n’y a rien d’illégal. Pauvre sein. Son rêve de liberté fracassé sur la pudibonderie d’une famille, qui avait alerté la gendarmerie. Le pays se reguinde. Et, paradoxalement, trouve naturel que les poitrines plates des petites filles soient prises dans des mini-hauts de bikinis. Certaines grandes marques proposent des modèles à partir de trois ans. Si petites, et vêtues du maillot de bain le plus sexualisé. Alors que viendra assez tôt pour elles le temps où, chaque matin, elles devront se déguiser en femme.

Photo Pixabay
Photo Pinterest. Site de vente en ligne

On en vient à envier ces cultures d’Afrique et du Pacifique Sud où les femmes évoluent poitrine nue, où le sein n’apparaît nullement comme une parure sexuelle, comme un appât. Et puis, le confinement l’a bien démontré aux femmes : qu’il est bon de ne pas enserrer sa poitrine. Au reste, après le déconfinement, nombre de femmes, dans différents pays, ont enterré ce gracieux instrument de torture, appelé pudiquement soutien-gorge. Elles rejoignaient ainsi, peut-être à leur insu, le mouvement no bra. Les féministes avaient donné le ton dans les années 60, pointant le soutien-gorge comme symbole d’oppression du corps.

Photo Passages. Éditions de La Martinière. Carol Beckwith-Angela Fisher


Réceptives à la demande de confort, des marques de lingerie ont réalisé ces dernières années des soutiens-gorge sans armatures, et adaptés aux différentes poitrines. Car une parure de lingerie reste un désir de femme.

Repensons à l’essai érudit de Marilyn Yalom Le sein, une histoire, éditions Galaade. Préfacé par Élisabeth Badinter. Laissons à cette dernière le mot de la fin.
«L’histoire qu’en trace Marilyn Yalom, de la préhistoire à nos jours, est infiniment plus complexe et subtile. Partant de la question: “À qui appartiennent les seins?” elle donne à voir, selon les époques et les pays, de multiples “propriétaires” qui décident de leur fonction, de leur statut et même de leur forme. Du sein divin de la madone allaitant au Moyen âge au sein érotique d’Agnès Sorel, du sein domestique de la Hollande protestante du XVIIe siècle au sein politique de Marianne torse nu, du sein commercialisé par l’industrie du corset et du soutien-gorge au sein rongé par le cancer ou torturé par le piercing du XXe siècle, Marilyn Yalom montre que le pauvre sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, à la famille, au politique, au psychanalyste, aux commerçants, au pornographe, au médecin, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier

Photo Ron Murphy (Arty Freeman) Figurines en plastique vintage d’Italie. (Filles nues dans la baignoire)

Correctrice/Relectrice : Elsa de Breyne

Sources : http://www.slate.fr/story/28993/seins-histoire-badinter-yalom

Article Le no bra : 2020, fin des soutiens-gorge? par Laura Roters (publié dans je m’inspire, Publications)

Photo de couverture : Cédric Roulliat Photographe. Modèle : Abigail Auperin

13 réflexions sur « Humeur. Le sein sur la sellette »

  1. Licenciée pour cause de poitrine provocante ?Tout est dans le regard. Cela ne peut pas aboutir, qu’en penses-tu ?
    Et ces médecins qui préconisent la double mammectomie – « pour faire comme Angelina Jolie » au moindre truc bénin  » car cela peut évoluer  » … oui, et même disparaitre !
    amitiés 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as raison, France. Quelle consternation. Merci de ta fidélité. Amitiés.

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  2. Voilà un sujet intéressant qui nous fait voire double, sauf chez Amazon (😂). On les aime, on les cherche, et on les aime encore plus s’ils se cachent avec obstination ou se montrent avec ostentation. Vos seins, mesdames, sont un bonheur.

    Mais ils sont à vous, aussi faites ce que vous voulez avec. Cela ne nous regarde en rien. Si vous voulez les partager vous savez nous le dire, à nous d’entendre ce message.

    Merci pour ce texte Renée.

    Belle soirée et vivent les seins !

    Bises

    Aimé par 2 personnes

    1. Oh! que ton ode aux seins est belle, et fine. Merci cher Régis. Bon été. Saison rêvée du sein qui se veut ostentatoire!

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  3. Pauvres seins qui nous appartiennent sans nous appartenir aux dires de toutes les sociétés du monde … Oui femmes portez des décolletés ! C’est si beau à voir ces seins « que je ne saurais voir » … Que l’archaïsme encore dans nos sociétés ! Et comme d’habitude, une belle photo de Cédric Roulliat pour illustrer la beauté de nos seins.

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    1. Oui, portons des décolletés! C’est beau une belle gorge. Et ignorons les regards malsains. Merci Sylvie de vos réflexions.

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  4. Voilà un sujet qui plonge dans un abîme de réflexions ! Pas sûre, Renée, que le décolleté profond soit « inoffensif », pas sûre que la belle décolletée soit « pacifiste ». Pour ma part, je pense que ce sont les belles gorges désirables qui ont appris aux hommes à maîtriser leurs pulsions. N’en déplaise aux Tartuffes, ce sont ces gorges, plus ou moins provocantes qui incarnent notre culture. Tellement menacée aujourd’hui.

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    1. Bien sûr, tu as raison, Danielle! Sur tout. J’aime voir les belles gorges. Enfant, déjà, je m’extasiais sur les gorges qui se montraient à Versailles! C’était pour moi un exploit d’arriver à ce résultat, tant de hauteur, de rondeur. Merci de tes commentaires dont j’apprécie infiniment la teneur.

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      1. Merci à toi de glorifier les nobles rondeurs !

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  5. Il est intéressant aussi de constater que peu de femmes sont satisfaites de leurs seins. Trop petits, trop gros, en forme de poires, de pommes, tombants avec l’âge etc… les femmes les font refaire, diminuer, grossir, toutes ces opérations plus ou moins réussies… pour avoir une meilleure image d’elles mêmes et plaire… Dommage qu’ils soit si difficile de s’accepter telles qu’on est. Mais tant mieux pour les chirurgiens esthétiques

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    1. Il est vrai que le sein est obsédant. J’ai vu des poitrines refaites, avant et après, il s’agissait d’amies. Le résultat escompté était gâché par les cicatrices, voyantes ô combien. Tu as raison, Claude, peu de femmes aiment véritablement leurs seins. Je me souviens de l’espèce de désespoir de la fille d’une amie, elle pleurait dans sa chambre, sa mère ouvre la porte et surprend sa fille, plantée devant la glace, les yeux fixés sur sa poitrine ; redoublant de pleurs en voyant sa mère : « je n’ai pas de seins. Mon copain me l’a dit, pas méchamment, mais il me l’a dit. »

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  6. Délit-Cieux détournement ( (Filles nues dans la baignoire)) des Baigneuses Chères à Courbet, Ingres et consorts, jusque dans la vision traditionnelle de l’histoire de l’art et de ces représentations d’avant « féminisme » militant…

    Aimé par 1 personne

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