Perdues de vue. Peintres femmes, 1780-1830, Naissance d’un combat. Musée du Luxembourg

Par Renée Valet-Huguet

Elles ont influé sur la marche de l’art, du XVIIIe au XIXe siècle. Les peintres femmes. Écartées de l’histoire, elles surgissent aujourd’hui. Réunies au Musée du Luxembourg jusqu’au 25 juillet. Rappelons qu’en juin, la maison Christie’s avait dédié une vente aux enchères aux seules artistes femmes, du XVIe au XXIe siècle, une première en France

Marie Denise Villiers, Portrait présumé de Madame Sostras laçant son chausson, 1,46 m x 1,14m, © 1996 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Juste retour des choses

« Le combat essentiellement c’est celui que l’on mène aujourd’hui pour faire sortir de l’invisibilité des artistes qui en leur temps étaient bien visibles, bien présentes ; présentes avec des oeuvres de qualité qui étaient collectionnées, récompensées aux salons. », souligne Martine Lacas, commissaire de l’exposition Peintres femmes 1780-1830. Naissance d’un combat (YouTube Visite privée Exposition peintres femmes au musée du Luxembourg).
Un nom se détache de la période considérée : Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), portraitiste étoile, reçue à l’Académie royale de peinture, qui tâta de la peinture d’histoire, apanage des mâles. Mais l’histoire n’a pas cité Angélique Mongez, Hortense Haudebourt-Lescot ou Adélaïde Labille-Guiard. Et toutes celles qui ont intrigué l’Abbé de Fontenay. « Comment pourront-elles trouver assez de temps pour être à la fois épouses soigneuses, mères tendres et surveillantes, chefs vigilants de leurs domestiques et peindre autant qu’il est nécessaire pour le faire bien ? »
N’empêche elles peignent.

Exposition « Peintres femmes, 1780-1830, Naissance d’un combat« , Musée du Luxembourg
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Autoportrait de l’artiste peignant le portrait de l’impératrice Maria Féodorovna, 1800, huile sur toile, 78,5 x 68 cm, détail, Photo Musée du Luxembourg

Dans la foulée d’un Salon libre, constitué en 1791, vont éclore des ateliers féminins. On y peint des portraits, auto-portraits, ou des scènes d’atelier, fine façon d’asseoir la représentation de la femme artiste. Mais une lutte s’installe, sur les pratiques. Un dénommé Charles Landon, critique d’art recommande aux femmes peintres les tableaux de fleurs, les sujets gracieux. Exclues de la peinture d’histoire, certaines se saisiront de ce style dit « grand ». Et pour répondre à leur désir de se former à l’atelier de Jacques-Louis David (1748-1825), un net refus. Motif : « Cohabitation indécente » ; le nu s’apprend au contact de modèles masculins dévoilés.
N’empêche elles peignent. Se créent des cercles de relations, artistiques, commerciales. Se soutiennent, réclamant avec subtilité leurs droits.

Isabelle Pinson, L’Attrapeur de mouche, 1808, huile sur toile, 39 x 30 cm, © Collection of the Snite Museum of Art, University of Notre Dame

Elles aussi firent carrière

Aujourd’hui, martèle la commissaire d’exposition, c’est aussi un combat contre les idées reçues, idées généralement invoquées pour expliquer la soi-disant absence des femmes : elles auraient manqué de formation, auraient été retranchées dans un espace strictement féminin, coupées d’une mixité, d’une sociabilité qui leur aurait permis de trouver une place dans l’espace de production artistique. Elles n’auraient pas pu accéder à la formation au modèle vivant.
L’exposition renverse cette vision toute faite. Conte la vraie histoire. Les vraies carrières. Le succès égal à celui des peintres reconnus, qu’elles côtoyaient. À chacune sa stratégie de carrière, son choix plastique. Elles vendent très bien.
Surtout on balaie l’idée de peinture genrée. « Ici, c’est pas à des femmes à qui on a affaire, mais à
des artistes. »

Photo Musée du Luxembourg

Ça se corse. La maison de vente Christie’s s’est rendue complice d’expositions dédiées aux femmes artistes. (Elles font l’abstraction au centre Georges Pompidou, Valadon et ses contemporaines, au monastère de Brou). Une vente non mixte, Women in art, a eu lieu le 16 juin. Pour Alice Chevrier (spécialiste du département des livres rares et manuscrits et Bérénice Verdier (du département des tableaux anciens), il s’agit que les femmes du monde de l’art prennent leurs responsabilités. Et mettent sous les projecteurs les femmes artistes, souvent rendues invisibles. Il serait bon qu’à terme la question du genre de l’artiste ne se pose plus. Valeureuse tâche. Lorsque dans une vente sont présentées des oeuvres d’hommes et de femmes, les hommes l’emportent. Là, dans cette vente, Dora Maar, avait toute sa place d’artiste, elle n’était pas seulement la muse de Picasso. Une vente qui s’élargissait du XVIe au XXIe siècle. Des oeuvres d’une étonnante diversité.

Adélaïde Labille-Guiard, « Madame Charles Mitoire avec ses enfants« , Pastel, (1783), Photo Christie’s

Correctrice/Relectrice : Elsa de Breyne

Source : https://www.franceculture.fr/peinture/1780-1830-et-soudain-a-vu-les-femmes-peintres-avant-de-les-oublier

YouTube Visite privée Exposition peintres femmes au musée du Luxembourg

Photo de couverture : Musée du Luxembourg

24 réflexions sur « Perdues de vue. Peintres femmes, 1780-1830, Naissance d’un combat. Musée du Luxembourg »

  1. Marie-Anne Keppers 12 juillet 2021 — 15 h 47 min

    Bonjour à vous, j’aime particulièrement le tableau avec la femme en plusieurs couleurs dont la main est posée au-dessus de la tête et retombe sur le visage. Je le trouve spécial… Bon début de soirée.

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    1. Bonsoir Marie-Anne, je suis contente que vous ayez apprécié cet auto-portrait de cette peintre femme, Inès Longevial, née en 1990. Son compte Instagram compte de beaux portraits qui ne laissent pas indifférent. Elle a vraiment du talent et son travail sort du commun. Bonne soirée. Merci pour votre appréciation.

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  2. Et n’oublions pas une peintre femme italienne du 17 ème siècle, Artemisia Gentelleschi qui avait été exposée au musée Maillol, si j’ai bonne mémoire, il y a qqs années.
    La femme a de multiples cordes à son arc et peut mener plusieurs tâches à la fois si on lui en laisse l’opportunité.
    😇🎨

    Aimé par 2 personnes

  3. Et n’oublions pas une peintre femme italienne du 17 ème siècle, Artemisia Gentelleschi qui avait été exposée au musée Maillol, si j’ai bonne mémoire, il y a qqs années.
    La femme a de multiples cordes à son arc et peut mener plusieurs tâches à la fois si on lui en laisse l’opportunité.
    😇🎨

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    1. Tu as raison, Claude. Je n’avais pas vu l’exposition en son temps. La femme, comme tu le soulignes est pleine de ressources. « Il faut les laisser faire », m’avait dit un ami, pilote à Air France, après avoir effectué un parcours avec une femme (collègue) à ses côtés. Tu avais du voir ce film touchant : Séraphine de Senlis.

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  4. Merci pour cet article chère Renée. Il m’a permis de découvrir ces peintres que l’ignorance ne m’a permis de rencontrer avant.
    Belle journée. Bises,
    Régis

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    1. Merci cher Régis. Tu sais, moi je connaissais surtout les stars (Elisabeth Vigée le Brun) mais tant d’autres femmes ont peint, ont vendu. Leur histoire est étourdissante. Souvent elles peignaient dans un coin de leur appartement, ou maison, s’arrangeaient… à ne pas troubler l’ordre de la maison! Mais elles s’en sont sorties. Puis l’histoire les a oubliées. C’est bien que le musée du Luxembourg ait fait cette exposition des plus intéressantes. Bises. Bonne soirée. Lyon est noyée depuis cet après-midi ; une pluie droite et forte. Pouah!

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  5. Une exposition indispensable. De plus en plus les femmes artistes sont mises en valeur – amitiés – Merci pour ton article 🙂

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    1. Merci France. Oui, les femmes sont mises à l’honneur cet été. Et les expositions sont toutes remarquables. Bon été. Amitiés.

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  6. Super article j’adore, hésites pas à venir faire un tour sur mon site Intel-blog.fr et à t’abonner si ça te plaît 😀

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    1. Merci de ton appréciation. J’irai sur ton site, avec plaisir.

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      1. Top you’re the best 😀

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  7. Que de merveilleuses artistes ! Et en effet, que d’idées reçues pour expliquer la soi-disant absence des femmes ! Mais pas seulement dans ce domaine, hélas, puisque même l’évolution, de la préhistoire à nos jours … a ignoré celle des femmes. A quand l’équité et la fin des discriminations sexuelles ?

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    1. Je forme le voeu que ces jeunes filles d’aujourd’hui, dont votre petite fille, participeront à un changement net. Merci Sylvie pour votre fidélité.

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  8. Touchant de candeur, cet abbé de Fontenay ! Sa réflexion est la synthèse parfaite d’un programme si gentiment imposé.
    Merci, Renée, pour ce bel article qui sera, j’espère, suivi de l’évocation d’autres artistes…

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    1. Comme j’apprécie ton humour réaliste! Merci Danielle. Oui, je tiens à évoquer les artistes, aussi d’autres suivront, à l’automne. Amicalement.

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  9. Les préhistorien(ne)s s’interrogent pour savoir si les femmes n’ont pas peint aussi les grottes comme les hommes! On vient même, dans une sépulture, de trouver une guerrière avec ses armes en silex polis. On les trouve vraiment partout! Et n’oublions pas l’actrice anglaise qui a mis au point l’appareil pour traduire les messages cryptés des Allemands en 40.

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    1. Merci de ces précieuses précisions. Oui, on les trouve partout, simplement on a mis du temps à évoquer ce qu’elles avaient accompli.

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  10. Je me suis souvent posé la question: pourquoi les femmes peintres, architectes ou compositrices sont-elles si peu nombreuses?. Comme si les métiers artistiques parmi les plus prestigieux leur étaient interdits….

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    1. C’est vrai. Parfois elles pratiquaient un art, le mari un autre, ou le même, et bien sûr le mari était dans la lumière. Ainsi, ce matin, sur France-Culture, l’invitée était Sylvie Glissant, femme de Édouard Glissant, elle est plasticienne, mais en fait son nom évoque essentiellement l’auteur, lui. On a l’impression que les femmes pratiquaient un métier artistique en catimini. Merci François de soulever cette question, épineuse.

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  11. Vu l’Exposition au Monastère Royal de l’Abbaye de Brou, très belle et très intéressante exposition formidablement documenté dans chaque salle par des panneaux de présentation thématique à partir de l’oeuvre de Suzanne Valadon et son impact sur les contemporaines.
    Préciser que le travail des femmes était jusqu’à peu soumis à autorisation d’un homme (généralement l’époux, bien évidemment, détenteur légitime de toute emprise). Ce droit a été accordé (sic) seulement depuis 1965, tout comme le port du pantalon qui n’est autorisé en France pour les femmes depuis 2013 seulement! C’est ainsi que va la réalité. Les femmes étaient donc soumise à l’obligation du port de la jupe ou de la robe, jusqu’à il y a 9 ans encore. Alors pensez pour être artiste!!!
    Récemment un podcast libre d’accès aborde l’expression artistique de Pablo Picasso en « séparant » l’homme de l’artiste et en expliquant sa considération pour le travail et les personnalités lumineuses de ses compagnes et/ou épouse, Dora Maar, Marie-Therese Walter, Jacqueline Roque, etc. Cette vision de l’art donne un éclaire intéressant et sidérant sur la place de la Femme dans l’Art et l’histoire de l’art en parfait écho avec l’exposition de Bourg-en Bresse.

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    1. Ce fut une riche dée de monter cette exposition à l’Abbaye de Brou, mettre en lumière Suzanne Valadon et ses contemporaines. Merci à vous de nous rappeler à quel point il était difficile, pour une femme douée, de s’exprimer. Et pour tant d’autres, tout simplement d’évoluer en s’habillant à sa guise. L’Université de la Mode, où j’ai eu l’honneur de donner une conférence, avait reçu Christine Bard, qui a formidablement écrit sur les révolutions du pantalon. Ce qu’on apprend dans son travail est sidérant. Merci pour l’information (podcast à propos de Picasso.) De mon côté, j’ai été frappée par cette exposition, Peintres femmes, au Musée du Luxembourg, car beaucoup de ces artistes étaient des inconnues, et la commissaire de l’exposition nous a fourni maintes explications, qui glacent.

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      1. Je viens d’écouter le podcast, merci. J’avais lu pas mal de choses sur l’homme Picasso, mais j’en ai appris davantage là. Au passage j’ai été contente d’entendre un petit bout de ce livre, rare, King Kong Théorie de Virginie Despentes. Quand il m’arrive de regarder des oeuvres de Picasso, je pense spontanément à l’Afrique, à laquelle il doit son orientation vers le cubisme (masques africains dont on retrouve les lignes dans « les demoiselles d’Avignon ».

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