Par Renée Valet-Huguet
Se bronzer au soleil en micro maillot de bain sur une plage surpeuplée est aujourd’hui un acte naturel. Une affaire de corps, qui fut d’abord une affaire d’état. Derrière de sérieuses bagarres de plages s’est édifiée l’histoire des corps en été.

Le corps d’été
Une confidence nous a rappelé que l’été, et son parfum de liberté, est une saison trompeuse. « Je loue ma piscine à des femmes, en groupe » indique Carine. « Celles qui ne peuvent pas s’afficher en bikini, par souci familial et social, et celles qui nagent en burkini. »
La vraie liberté se trouverait donc au fond d’une piscine chlorée? Toutefois, si le burkini a engendré des batailles, le dévoilement des corps s’est fait dans des contestations souvent épiques. Ainsi, la journaliste Émilie Brouze, dans la Newsletter Rue89 du vendredi 17 juillet 2020, dépeint l’atmosphère rageuse qui recouvrait les plages, entre 1926 et 1934. Aiguillonnées probablement par les ligues de moralité, les pétitions, les affiches, des femmes corrigent à coups de ronces et d’orties les corps qui découvrent cuisses et décolletés, en 1927. À Malo-les-Bains, en 1933, s’organise la chasse aux baigneurs dits impudiques. À Batz-sur-mer, bagarre ; le curé félicite les agresseurs. Dans une église du Lot, en 1934, un sermon condamne les vacanciers qui se dénudent. L’homme d’église menace : s’ils persistent, il ne donnera pas la communion du 15 août. Furieux, les vacanciers envisagent de boycotter la cérémonie religieuse. Le maire tranche. Comme à la Rochelle et ailleurs : interdiction de s’exposer ou circuler sans être recouverts d’un maillot « couvrant entièrement le torse, le bassin et la partie haute des membres inférieurs ».
D’après l’historien Christophe Granger, « se dénuder l’été fut très progressif. Il y a eu beaucoup de bagarres de plages, des querelles villageoises. Car derrière cette pratique, banale aujourd’hui, se glissent des enjeux politiques, religieux, sociaux… ».
Jacques Heim, en 1932, avait créé le premier deux-pièces. Qui se portait taille très haute, dissimulant cette chose de forme aspirée et rentrante, le nombril, dont la production d’Hollywood interdisait l’apparition. En compensation les écrans n’étaient pas chiche de décolletés et poitrines généreuses. C’est un certain Louis Réard qui, en 1946, s’enhardit. Taille un maillot, lui donne le nom de l’atoll américain Bikini où s’était déroulé un essai nucléaire. Même effet explosif. Jugé scandaleux, le maillot est boudé. Connaîtra l’interdiction, en 1949, sur les plages de France, Belgique, Espagne, Italie. La revanche viendra dans les années 50, par le biais des pin-ups. Si les mentalités françaises se décoincent alors, outre-Atlantique le Bikini reste indésirable.


Une saison en enfer
L’été nous vampirise. Empiétant sur le printemps il s’annonce : « J’arrive, fais-toi belle. » Complice, la presse féminine surenchérit : « Être canon sur la plage. » Mince, fesses bombées, et, pour que les jambes n’aient pas la pâleur d’un cardon fraîchement épluché, lire les astuces « bronzer sans soleil ». Quant au hâle volé aux rayons du soleil, on le garde, en passant ses week-ends dans le Sud. Attention ! Les étés sont meurtriers, préparer sa peau, ses cheveux. S’épiler bien sûr. Surtout racler la corne aux pieds, l’été voit tout.

On se demande si le bikini, et ses frères : string, monokini, trikini, tankini, microkini, tanga. ont vraiment émancipé les corps. Et s’ils avaient, mine de rien, fait en sorte que nos corps s’adaptent à eux. Pervers, non ? Nous, on aime bien le bikini quand même.
Photo de couverture Christine Marie H. Messanges
Source : Newsletter Rue89 du vendredi 17 juillet 2020 par Emilie Brouze. Slate. Une brève histoire du bikini par Julia Turner Aôut 2013. L’Obs O lifestyle https://www.nouvelobs.com/lifestyle/20200706.OBS30946/christophe-granger-le-summer-body-est-une-dictature-douce-tres-ancienne.html#xtor=EPR-105-%5BNL_O%5D-20200814





Vive l’hiver!
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Hahahahah.
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Excellent article, instructif et très bien écrit. Merci beaucoup Renée.
Le corps aura mis du temps à se libérer. Et il ne l’est pas encore partout, pas pour tous et surtout pas pour toutes.
Bon week-end.
Amicalement,
Régis
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Merci Régis. Comme vous avez raison, tant de tabous existent encore. Le travail est énorme dans certains endroits. Mais les femmes ont un courage rare et bien des hommes les soutiennent. Bon week-end. J’espère que votre amie Solène aura accès à l’article Scènes de chasse sur la plage.
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Pourquoi ne pourrait-elle pas y accéder ? Je vais lui indiquer… 😉
Bon week-end Renée 🤗
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Merci Régis pour votre proposition. En effet, Solène et moi ne sommes pas abonnées l’une à l’autre si je puis dire.
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Je lui ai indiqué dans un commentaire à son récent article sur son envie d’aller sur la plage…
Vous pouvez vous abonner à son blog. Je serais bien surpris qu’elle ne fasse pas de même avec le vôtre.
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Merci Régis de prendre sur votre temps pour jouer à l’intermédiaire. Je vais aller sur son blog et m’abonnerai (je ne suis pas habile avec ces manoeuvres!)
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Les choses ont bien évoluées elles doivent évoluer encore!
Ces petites piqûres de rappel me ravissent et sont toujours efficaces. Merci !
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Merci à vous Patricia, vos commentaires sont toujours pertinents. Oui, » les choses doivent évoluer encore », il y a fort à faire un peu partout dans le monde
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