Par Renée Valet-Huguet
La soudaine absence de bruit, lors du premier confinement, a provoqué chez les citadins une stupéfaction suivie d’un bien-être dans lequel ils se sont vautrés. Devenus accros, beaucoup cherchent des lieux de silence. On les piste?

Traquenard
« Ma petite fille est née dans un monde sans bruit », nous explique Léa. « C’était en plein confinement, je la sortais, les rues étaient vides, le bas de notre immeuble totalement silencieux. On entendait seulement les oiseaux. »
Puis ça s’est gâté. Le déconfinement a donné au bébé un aperçu du monde criard dans lequel elle était réellement tombée. Marteaux piqueurs, sirènes de pompiers, klaxons, planches de skate, cris. Elle avait été flouée.
« Au moindre bruit, elle sursautait et pleurait. »
Évelyne, elle, c’est son garçon, douze ans, qui, dès le retour au lycée est devenu nerveux. « Il ne supportait plus le bruit du lycée, les bavardages auxquels il participait avant. Il semblait regretter l’enfermement. J’ai dû l’emmener chez une psychologue. »

Dans le vacarme de notre époque le silence fait figure de pierre précieuse. Et ce depuis quelques années. Nous sommes assommés par le bruit des villes, par le jaillissement permanent d’informations sonores. Notre cerveau a besoin de silence. Pour se régénérer, évacuer les toxines qui amènent aux maladies neurodégénératives.
L’attaque sonore toutefois rencontre une résistance. Casques antibruit, applis pour mesurer la pollution sonore des lieux, et, tant le besoin de quiétude est fort, les grandes villes ont vu naître des bars à sieste. Les grandes entreprises envoient leurs cadres dans des dîners muets.
Le week-end on file dans un hôtel « Relais du Silence ».
Nathalie Bonhouvrier, elle, professionnelle reconnue de la méditation en pleine conscience, organisait, dans une nature ressourçante des cures de silence.
« Je ne supporte pas le bruit », nous confie d’une voix tremblée Pierre Dubois, décorateur de la maison « Les Héritiers ». Aussi, avec Aimé Cécil Noury son complice, ils exposent immédiatement à la clientèle leur credo : une sérénité complète. Traqueurs de bruit, nos pointilleux décorateurs revisitent corniches, planchers, posent des pièges à bruit, vantent l’efficacité des rideaux. L’oeil et l’oreille doivent être pareillement flattés.

Le silence est d’or
Certains craignent l’absence de bruit. Monte en eux une déplaisante sensation d’immobilité. Pourtant dans une société un rien foldingue il y a avantage à faire silence, régulièrement, afin de percevoir ce qui brasse au-dedans de nous. Et procéder à un petit ménage réflexif. Ou simplement rêver.
Et ces conversations que le silence ne peut traverser, un blanc provoque toujours une certaine gêne, alors vite on le comble, avec n’importe quel propos. Cependant la vraie écoute demande justement des blancs ; rien n’est plus parlant qu’un sourire entendu.
Et puis le silence donne du mystère aux êtres. Donne l’air réfléchi. Comme ces taiseux auxquels on prête une intelligence qu’ils n’ont pas forcément.
Les peintres du silence
Nous, ce qui nous épate, c’est le silence qui se dégage de certaines oeuvres. Difficile de représenter l’absence de bruit, ou le calme intérieur. Le peintre doit laisser de côté passions et plaisirs, il en ressort des natures mortes, des paysages figés. Ou la mort.

Champs de tulipes en Hollande
Source Pinterest

La nature aussi nous impressionne, tout ce qui pousse dans le silence, crevé de temps à autre par ces sons infimes, crapauds, grenouilles, jusqu’aux feuilles ; un chant d’oiseau. Ces oiseaux qui, selon Vinciane Despret, philosophe des sciences, marquent leur territoire par le chant. Créant une étendue qui est un territoire chanté.


Laissons de côté ces silences qui peuvent être coupants, glaçants, méprisants, déstabilisants ou de soumission. Attardons-nous plutôt sur le silence de l’amour, si bien dépeint par le dramaturge Maurice Maeterlinck : « Ce que vous vous rappellerez avant tout d’un être aimé profondément, ce ne sont pas les paroles qu’il a dites ou les gestes qu’il a faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c’est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes. »

Photo de couverture : Aude Osnowycz
Photo banc d’oiseaux : Olivier Carton
Source article : https://www.elle.fr/Societe/Interviews/Décryptage-pourquoi-le-silence-nous-fait-du-bien




» Vivre dans la solitude est un luxe
Vivre dans le silence est un luxe »
(Christian Bobin)
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C’est vrai, Véronique. Bobin a raison, de même Sylvain Tesson, qui dit » Le froid, le silence, la solitude sont des états qui se négocieront demain plus cher que l’or. » (Les forêts de Sibérie)
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Bobin, Tesson je les aime tous les deux.
Oui, ce monde est par trop criard. Il m’est arrivé, un peu par timidité, mais pas que, à passer du temps avec des gens sans que personne ne parle et sans qu’aucune gêne ne s’installe. Le seul fait d’être ensemble se suffit.
Je ressens quelque chose de similaire en ce moment, en n’écrivant presque plus. N’ayant pas de message original à délivrer, il ne manquerait plus que j’ajoute du bruit à celui qui est déjà là. Tout a déjà été dit. Du coup, je me tais.
Merci pour ton article Renée, il traite le silence sous ses différents aspects. Pour nombre de gens, le silence est l’ennemi à faire taire, alors qu’il est notre ami. Méritons-le.
Bonne nuit Renée,
Bise amicale,
Régis
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Merci Régis. C’est juste, les vraies relations peuvent s’épanouir dans des moments de silence. Néanmoins, concernant l’écriture que tu nous livres, tu pourrais continuer d’amener ton délicat bruit, si tout a été dit, ainsi que tu le signales justement, il y a la façon de le redire ; ta façon, et nous y sommes sensibles. Mais si le besoin de silence est impérieux, alors respectons le. Bises sincères. Renée
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Merci Renée. Bises
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Si les gens également pouvaient se taire plus souvent, cela aussi donnerait du sens au silence!
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François, comme tu dis si bien ce que beaucoup pensent, probablement. En tous cas, souvent, si souvent j’ai envie de le dire.
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Quelle belle mise en images du silence ! Entre la tête dans le nuage et le Chardin, c’est une plongée dans l’intime. Depuis que j’ai quitté la ville, je savoure le silence qui révèle tant de sons porteurs de vie. Et je pense de plus en plus que, dans le bruit, les citadins sont étrangers à eux-mêmes. Amitiés, Danielle
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Merci Danielle. Comme tu dis vrai. Lorsque je consulte ton blog, je me sens bien, je pense que, outre les images, ton écriture, je me sens bien car c’est le silence qu’on entend. Amitiés. Renée
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Ton article est magnifique, j’aime à dire que le silence est partout, il suffit de décider de l’entendre. Le silence est un chef d’orchestre, il ne sait que donner le rythme, en tout et pour tout.
Il nous plonge dans la rêverie, il va où il veut et gouverne par bonheur nos esprits enfiévrés.
Merci Renée, j’ai dégusté ton article, parce que c’est rare de lire sur le silence…
bien fort
Corinne
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Tu as tout dit! Merci pour ton compliment. Je t’embrasse
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