Par Renée Valet-Huguet

La vie sentimentale, la vie sexuelle se sont greffées aux grands changements de l’époque contemporaine. À bout de souffle l’amour ? Promenade sur le chemin escarpé de l’intime.
Petits arrangements avec l’amour
Captées, hier, à une terrasse, des bribes de conversation. Un certain saint était sur la sellette : Valentin, patron des amoureux, dont la fête approchait. Une brune stylée, l’air mi-ennuyé, mi-moqueur, faisait le pari qu’elle serait encore priée, ce 14 février, d’arpenter la chambre, façon mannequin, avec la parure offerte. Sexy folies. Son amie s’esclaffa. Sa réponse, faite à voix basse, se perdit. Peut-être était-ce un conseil, destiné à une femme toujours sous emprise :
« Fais défiler ton mari avec un string en fausse fourrure panthère ».
L’amour moderne
« Qu’il est difficile d’aimer » chantait Gilles Vigneault en 1962. Aujourd’hui, il semblerait que la première difficulté réside dans le fait de tomber amoureux. Autre tracas, rendre clairs ses propres sentiments et ceux des autres : après un doux moment, à deux, surgissent soudain des questions. Était-ce un moment entre amoureux ? Certes il s’agit d’une relation, mais quelle en est sa nature ?
L’amour a perdu de sa superbe. Faire la cour à une femme, au XVIIIe ou au XIXe siècle était pour un homme un moyen de déclarer son amour, d’asseoir aussi sa masculinité. Ce même homme, de nos jours, se montrerait réticent à témoigner sa passion. Par peur du risque ? Le rejet pourrait dégrader son estime de soi, sentiment devenu important. Et puis, raison oblige, la masculinité a maîtrisé les passions. Il manque à l’échange d’émotions une charpente. Le plus souvent la relation s’éteint aussitôt après le commencement.

Pris dans le tourbillon de la consommation, des personnes s’adonnent au jeu du « sexe sans engagement ». Se livrent au polyamour, ce qui généralement provoque la souffrance d’un être au moins.
La liberté sexuelle a-t-elle compromis la passion amoureuse ?
De nos jours, un français sur quatre a eu recours à une application de rencontre (Ifop, 2018). Quant aux mariages, 47% aboutissent à un divorce. Pourtant, tout en se comportant en nomades de l’amour, certains espèrent trouver au sein du couple la stabilité. Mais dans un monde où tout est devenu précaire, où « on ne parle plus de carrière mais de séries de projets », il est à craindre que l’amour prenne définitivement la forme d’un simple projet de vie, assimilable à toutes sortes de projets, durables ou non.
Vers la fin de l’amour

La sociologue israélienne Eva Illouz a donné à un essai intense un titre glaçant : La fin de l’amour.
« La modernité s’est caractérisée par la conquête du choix, du droit au choix, que ce soit en politique, avec le droit de vote, ou dans la vie privée, avec le droit de choisir son conjoint sans la répression de la communauté, des parents ou de l’Église. Le droit au choix est devenu le droit de ne pas choisir : nous nous affirmons par ce que nous rejetons. Ne pas choisir d’entrer dans une relation, quitter une relation sans explication, éviter de tomber amoureux ».

« J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant« . Jacques Prévert.


Fragments d’un discours amoureux par Renée. Qui, comme toujours, comprend et sait transmettre.
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Merci François. L’enquête sur le « discours amoureux » m’a laissée perplexe… Il était temps que j’explore le « marché du sentiment »
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