Par Renée
L’été les pieds s’exhibent. Les ongles bien peints, mis en vedette par des sandales ultra découvertes. C’était sans compter sur la sneaker, qui trotte en ville maintenant été comme hiver. Et aussi dans les stations balnéaires. Aurait-elle pris le pas sur la sandale?

À la recherche des nu pieds
Il semblerait que la sandale ne court plus les rues, l’été. Délaissée? Peut-être, mais elle s’en fiche un peu. Toujours son heure revient. Dans l’Egypte ancienne les chaussures étaient des sandales, fabriquées dans différents matériaux. À Rome elle était réservée aux hommes libres, interdite aux esclaves. Se faisait pauvresse au moyen-Âge, en bois, aux pieds des moines franciscains. 1000 ans de placard, avant qu’elle retrouve ses atouts. En 1920, un talon transforme son aspect, Ferragamo invente un support de voûte métallique, plus besoin de bouts rigides pour retenir le pied. Cependant dans les années 30 et 40 les orteils découverts étaient jugés indécents. On sourit, si l’on songe à la tong, le string de la chaussure.
Les années 60 nous ramènent à ras le sol, avec l’orthopédique et pourtant aimée Birkenstock. En 70 on se rattrape, talons vertigineux, cuir perlé, peaux de serpent. Les années 80, elles, lâchent de la poudre aux yeux, la sandale mode disco passe pour vulgaire. C’est alors que Maud Frizon, avec grâce, redonne à la sandale à talon haut une sophistication piquée de sensualité. Sexy chic dit-on aujourd’hui. Justement aujourd’hui, le coeur des femmes balancent entre le pied orné d’un réseau de fines lanières, et le pied enserré. Affaire de mode.
Ferragamo
Une ascension
Finalement la sneaker est un exemple d’intégration. Il y a plus de vingt ans elle était vue comme la comparse du survêtement, l’uniforme des cités. Jeunesse inspirée par les rappeurs et adeptes du street art, ou les danseurs de break dance qui trouvent dans la sneaker un confort absolu. C’est le hip hop, en 1950, qui avait donné à la sneaker de la notoriété, en Amérique. Mais sa popularité viendra en 1980 par le basket. Partout les jeunes s’arrachent la Air Jordan du nom de leur idole Michael Jordan. Nike règne. Puma, Adidas lui tiennent tête.

Basketteuses. Nike 
Sur le podium de la contestation. Les 3 bandes Adidas. Jeux olympiques Mexico 1968
Peu à peu les adultes louchent sur ces semelles composées d’air pour en améliorer l’amorti. On l’achète pour faire son jogging. Puis on la porte pour être confort. Puis pour être tendance. Le confort de la chaussure importe moins que la joliesse du modèle. Et s’affiche l’appartenance à un groupe social. Il existe une sneaker pour toutes les occasions, sport, boulot, sorties. Dans les ventes elle supplante les talons. En 2016, 67 millions de paires ont été vendues, en France. Les créateurs J.W Anderson, Comme des Garçons décorent à leur façon la Converse, née en 1917, appelée Chuck Taylor All star. Aujourd’hui une diva, on dit la Converse comme on disait la Callas. Rivalité oblige, l’outrance maintenant sévit. Des sneakers aux semelles monstrueusement débordantes mangent le bitume.


Et vous, pieds en liberté, ou pas? Notez que le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux (MADD) consacre aux baskets une rétrospective (la première en Europe) mise en scène par le designer star Mathieu Lehanneur.



