Petits arrangements avec le passé, ou l’art de créer du contemporain avec du vieux  !

Par Renée Valet-Huguet

Pourquoi certains, parmi ceux qui créent, partent-ils à la recherche d’objets du passé, et, jalousement les façonnent, leur donnant une autre tournure, pour les faire s’incarner de nouveau. Rencontres

Les mains de Catherine. Photo : Boutique-atelier Madame des Feuillants

Une lectrice, toquée des années 40, nous confiait qu’un meuble tenu dans son grenier, allait, si on l’ouvrait, recracher sa garde-robe fantôme ; habits jamais endossés ou bien en catimini. Une passion étouffée. « J’avoue, je n’ai pas le cran de débarquer au bureau en turban et semelles compensées d’époque. »

Femme à part

Catherine, elle, assume. Créatrice de bijoux, son métier, certes, s’accouplait plus naturellement à la fantaisie vestimentaire. Toutefois, si le destin l’avait plantée dans une profession classique, son penchant prononcé pour des époques lointaines l’aurait emporté. « Sauf si j’avais senti une gêne de la part des autres. »
Et il y aurait eu frustration, car son adhésion au passé remonte à loin. Songez ! Une petite fille de neuf ans qui tend ses sous au marchand en échange de revues de mode anciennes. Se catapultant ainsi au XIXe siècle ! Bercée fut-elle, il est vrai, au rythme de l’Histoire de France. Sa famille, enracinée à Moulins, étant éprise de vieilles pierres. Dix ans, et déjà Catherine furète, trouve jupons, mercerie. Entasse.
L’adolescence fait éclore une personne vêtue d’habits et d’accessoires dénichés, puis personnalisés ; coudre, Catherine a appris. Ainsi qu’à broder. En famille ! Sur elle, paraît évident le mélange audacieux d’une veste des années 40 léchant une pièce XVIIIe. Des bijoux forts, beaucoup. Les années 80 avaient fait miroiter à la demoiselle, admiratrice de Christian Lacroix, les promesses d’une époque stylée, et libre.

Catherine

Sa boutique-atelier : Madame des Feuillants

La boutique-atelier. Photo : Madame des Feuillants
La boutique-atelier. Photo : Madame des Feuillants

Douée, Catherine s’illustrera d’abord dans le dessin textile. De grandes marques la solliciteront. Puis 2012, année capitale ! Le créateur Franck Meunier (Rose Carbone) l’entraîne dans la ronde des créateurs de la rue Romarin, Lyon 1er arrondissement. La dame à la frange installe là son obsession, « Mettre en valeur la mémoire de l’objet » ; donne à sa boutique le mystère du sépia. Ici, elle s’applique à transformer : objets Napoléon III, Art nouveau, Art déco, accoucheront sous ses doigts de bijoux mâtinés de passé et de modernité. Parce qu’elle s’est formée à la bijouterie. Seule. Armée de son talent et de patience. Avec, comme guide, un outilleur, ancien bijoutier, Daniel. « C’est un métier qui calme », conclut Catherine dans un sourire indéfinissable.

Madame des Feuillants
23, rue Romarin, Lyon 1er

Au royaume de Dingue de lunettes

La boutique à Lyon. Photo : Dingue de lunettes

Ainsi qu’une paire de jumeaux, Kevin évoque immédiatement Dan, celui qui serait le premier sorti, celui qui donne le ton ! Dont l’idée, inédite, épate : opticien diplômé, las de jouer dans un magasin le lunetier classique, Dan décide de donner à son passe-temps une étoffe professionnelle ; remettre à neuf des montures anciennes dégottées en brocante. Greffer dessus des verres neufs certifiés, correctifs ou solaires, anti lumière bleue. Alors il court le pays, l’Europe, chine, amasse, restaure ses trouvailles, étale dans les salons vintage des formes étonnantes. En 2016, une boutique, à Paris, au Canal Saint-Martin. Ambiancée Vintage. L’enseigne vert mousse nous affranchit : Dingue de lunettes. Affluence ! En 2017 Kevin prête la main ; désormais ils sont deux opticiens à chiner, sauver ces modèles anciens taillés dans des matériaux increvables. Et puis ils récupèrent des modèles neufs, venant d’anciens stocks. Confondant leur passion, vite les deux garçons forment tandem.

Recyclage ! Photo Dingue de lunettes
Photo : Dingue de lunettes

C’est à l’ombre du confinement que, Kevin, insensiblement, redessine son futur. Les deux amis parlementent. S’entendent : Kevin portera en province les couleurs de Dingue de lunettes. Il choisit Lyon. Sa sensibilité le conduira dans un arrondissement joyeux de la ville, Lyon 1er. Rue des capucins, une novatrice ! Là se tiennent chaud d’autres adeptes du recyclage. « Je ne sors quasiment pas de l’arrondissement ! » s’amuse Kevin, tandis que nous, cernées d’un océan de lunettes de toutes époques, nous louchons sur des modèles années 70. Et, gagnées par la nostalgie, nous croyons voir surgir dans la boutique lookée vintage, la fine silhouette de Mireille Darc, chaussée d’immenses solaires.
« Il n’est pas vrai que rien soit jamais effacé, le passé n’est jamais tout à fait le passé. » (Henry Bataille – Le songe d’une nuit d’amour)

Kevin. La boutique. Photo : Dingue de lunettes

Kevin sera présent au Marché de la mode Vintage, La Sucrière Lyon, les 8 & 9 octobre 2022

Dingue de lunettes
25, rue des Capucins, Lyon 1er

Nos préférences

Bagues avec motifs floraux 1900 serties par l’atelier Madame des Feuillants, avec d’anciennes nacres.
Possibilité de créer sur mesure avec différents motifs. Plaqué or ou argent.
Porter aujourd’hui, et avec style les modèles d’hier !

Photo couverture : Boutique-atelier Madame des Feuillants

Correctrice/Relectrice : Elsa de Breyne

15 réflexions sur « Petits arrangements avec le passé, ou l’art de créer du contemporain avec du vieux  ! »

  1. Un très bel article, qui donne envie de découvrir ces boutiques et les créateurs.
    Quel tohu-bohu quand Yves Saint Laurent avait montré sa collection années 40 avec la veste verte aux épaules carrées !
    Merci à toi, amitiés. 🙂

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    1. Grand merci France ! Ah ! La fameuse collection de Saint-Laurent, nommée aussi Collection Guerre. La veste en fourrure verte ! 1972. Je l’ai amplement évoquée lorsque le CNAM avait réalisé, pour un des cours en ligne, une interview où je m’exprimais sur le Vintage, et la raison qui m’avait amenée à collectionner le Vintage. C’était précisément cette collection Guerre, j’avais ensuite chiné des corsages et des vestes des années 40, mes années préférées avec les années 25 – 30. Amitiés !

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  2. Quel bel article , qui met en exergue la passion que met chacun de ces artisans dans leur créations ou leur trouvailles.
    Vous avez su retranscrire cette émotion aussi que nous avons à créer et à partager !
    Toujours un plaisir de vous lire

    Aimé par 1 personne

    1. Comme je suis touchée ! Merci d’avoir saisi cette curiosité, surtout cette admiration envers ces artisans créateurs. Dont vous faites partie !

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  3. Le passé réinventé, retrouvé, reconstitué, rénové, mais ne serait-ce pas du présent ?

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  4. Le passé recomposé n’est pas simple! Idem en littérature, au cinéma, avec des exemples plus (hélas) ou moins (tant mieux) formatés…

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    1. C’est vrai, François ! Le passé fascine. Et le passé proche nous flanque la nostalgie. J’avais assisté à un colloque sur le passé, à l’Université de la Mode, Lyon, c’était passionnant.

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  5. Coucou Darling
    Elevé en 57 par 3 grand-tantes agées j’ai été habillé dans les vêtements de mon père disparu qu’elles avaient déjà elevé en 37. J’ai lutté toute ma vie pour perdre mon Loden et accéder au présent, Cacharel, voir m’offrir un futur, Margiela. Maintenant en retraite je suis rattrapé par un impressionnant héritage d’objets. Je suis rattrapé par mon passé bien malgré moi. On ne choisit pas…

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    1. Yvon, merci de ton témoignage. L’histoire de ta vie confirme que passé et présent peuvent s’entendre. Se côtoyer. Le passé, rempli de souvenirs, rassure, le présent peut nous griser. Il faut naviguer entre les deux.

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  6. Merci pour ce shopping plein de poésie ! Un peu frustrant malheureusement : j’aimerais tant découvrir la boutique de madame des Feuillants…

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    1. Je savais, Danielle, que tu serais attirée par la boutique de madame des Feuillants ! Tu aurais pu figurer dans cet article d’ailleurs, tes compositions se rapprochent de l’univers de Catherine. Et j’aurais bien aimé pouvoir allé là où tu les exposeras. Merci de ton tour à Lyon !

      Aimé par 1 personne

      1. Merci à toi de mettre en lumière des boutiques qui font la vie et l’identité de la ville !

        Aimé par 1 personne

  7. Pierre Claude Venet 30 septembre 2022 — 5 h 57 min

    DE NOSTALGIE, D’IDEAL,
    D’UNE AUTRE VIE .
    J’IRAI VOIR LES BOUTIQUES…
    RENÉE, JE T’EMBRASSE.
    Pierre Claude.

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    1. Oui, « d’une autre vie », ou peut-être aussi, l’avenir, si beaucoup voulaient voir la vraie vie ! Merci Pierre-Claude. Bien sûr tu iras voir ces boutiques, tu auras envie de passer le pas de leurs portes. Je t’embrasse.

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