Le Paris sur-mesure d’un écrivain de légende. Exposition Marcel Proust, un roman parisien. Musée Carnavalet

Par Renée Valet-Huguet

Et si les personnages que Marcel Proust fait se mouvoir dans le Paris de la Belle Époque n’étaient qu’un prétexte pour célébrer la ville lumière ? Pour qu’un jour, peut-être, on cartographie le Paris de Proust. Que soient approfondis les liens qui unissaient l’écrivain à Paris. La chose est faite. Au Musée Carnavalet. Exposition Marcel Proust, un roman parisien.

Blanche Jacques Emile (1861-1942). Paris, musée d’Orsay. RF1989-4.

Trop vivant, trop mourant

Sur le tard, réputé mourant perpétuel, Marcel Proust ne brise pas ses habitudes ; le Ritz, pour un dîner qu’il donne, ou l’Opéra accueillent sa fébrilité inquiète. Il voulait « voir la façon dont les gens vieillissent. » Et puis l’art le comble. En mai 1921, Le Jeu de Paume expose la peinture hollandaise, la Vue de Delft, par Vermeer, y figure, le plus beau tableau du monde selon l’écrivain, qui, brûlant d’envie de le revoir, écrit à l’historien d’art Jean-Louis Vaudoyer : « Voulez-vous y conduire le mort que je suis, et qui s’appuiera sur votre bras ? » Ils iront. Pendant la visite un malaise saisit l’écrivain, et il se souviendra des impressions qu’il a ressenties afin de décrire la fin de Bergotte, frappé par la mort devant la vue de Delft. (La Prisonnière, cinquième volume de La recherche).
« Trop vivant, trop mourant », écrira Philippe Sollers. (Le Monde, 1993)


Camille Pissarro, L’avenue de l’Opéra, 1898
© Reims, Musée des Beaux-Arts / Christian Devleeschauwer

Anonyme, Hôtel Ritz, place Vendôme, Paris, 1901, placard publicitaire
© Bibliothèque nationale de France, Paris.

Un Paris sur-mesure

Comme indifférent à l’immensité de Paris, Marcel Proust se borne à suivre un tracé allant du Parc Monceau à la place de la Concorde, de la Concorde à Auteuil, d’Auteuil au Bois de Boulogne et à l’Étoile. Un enclos de pierres dorées. S’y trouvent là tous les lieux convoités qui ont inspiré À la recherche du temps perdu.


Henri Le Sidaner, La Place de la Concorde, 1909 Musée des Beaux-Arts, Tourcoing
© Bridgeman Images
Henri Gervex (1852-1929). « Une soirée au Pré-Catelan ». Huile sur toile, 1909. (A l’extérieur, Anna Gould et Hélie de Talleyrand-Perigord. A l’intérieur, 1ère baie, à droite : Marquis de Dion. Baie au centre : Liane de Pougy. Baie à gauche : Santos-Dumont). Paris, musée Carnavalet.

René-Xavier Prinet, Le Balcon, 1905
© Caen, musée des Beaux-Arts / Patricia Touzard

Exposition Marcel Proust, un roman parisien

Commémorant le 150e anniversaire de la naissance de Marcel Proust (1871 -1922), le musée Carnavalet nous guide dans le Paris de l’écrivain, dressant dans la première partie, une cartographie de la ville qui permet de matérialiser la présence de l’écrivain dans Paris.

Au coeur de l’exposition, l’évocation de la chambre du 102, boulevard Haussmann. Une immersion, grâce à un dispositif inédit, dévoile les éléments liés à l’intime de Marcel Proust.


Mobilier ayant appartenu à Marcel Proust
Collection du musée Carnavalet – Histoire de Paris
© Pierre Antoine / Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Le lit de Proust. Mobilier ayant appartenu à Marcel Proust
Collection du musée Carnavalet – Histoire de Paris
© Pierre Antoine / Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Anaïs Beauvais, Madame Adrien Proust, 1880
CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris Dépôt de la Maison de Tante Léonie – Musée Marcel Proust

De l’importance de Paris dans La Recherche

Enfin la seconde partie découvre le Paris fiction du Proust narrateur. En suivant l’architecture de La Recherche, et au gré des lieux étoilés, le visiteur pénètre et dans l’oeuvre et dans l’histoire de la ville de Paris où se découpent les principaux protagonistes du roman. Roman classique en somme, l’histoire d’un homme, qui, jeune, apercevait de loin un monde auréolé de féerie, le grand monde ; s’y étant glissé, il le « radiographie », puis à mesure qu’il s’enfonce dans l’âge, il finit par n’avoir pour ce monde que du mépris. Un mépris courtois, peu montré. Proust ne juge pas. Ni ne condamne. Il voit. Écoute. Rapporte. Ou plutôt laisse à ceux qu’il fréquente le soin de rapporter. Parfois cependant, une réflexion : « Le monde étant le royaume du néant, il n’y a, entre les mérites des différentes femmes du monde, que des degrés insignifiants, que peuvent seulement majorer les rancunes ou l’imagination d’un M. de Charlus. »


Anonyme, L’hôtel Marigny, avant 1911, carte postale © Collection Raimondo Bif
L’hôtel Marigny, rue de l’Arcade, offre à Proust, outre les scènes les plus spectaculaire liées au sadomasochisme, un tableau unique des rapports de classe et de sexe, ainsi que de la vie nocturne de Paris-Sodome.» https://www.liberation.fr/sexe/2012/09/04/marcel-proust-une-plume-au-bastringue_843625/

S’abandonner à la promenade : environ 280 oeuvres (peintures, sculptures, œuvres graphiques, photographies, maquettes, accessoires, vêtements, manuscrits et documents d’archives, extraits de films d’archives, etc.) Et, parallèlement, voir le riche documentaire où s’exprime Céleste Albaret. https://www.arte.tv/fr/videos/096300-000-A/le-monde-de-marcel-proust

Céleste Albaret, la gouvernante des années difficiles. Photo Pinterest

Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné Paris. Téléphone : 01 44 59 58 58 Jusqu’au dimanche 10/04/2022.

Marcel Proust, un roman parisien

Correctrice/Relectrice : Elsa de Breyne

Source : Marcel Proust, par François Cruciani, Collection Les Géants, Editions Pierre Charron, Paris : 1971

Photo de couverture : Henri Le Sidaner, La Place de la Concorde, 1909 Musée des Beaux-Arts, Tourcoing
© Bridgeman Images

14 réflexions sur « Le Paris sur-mesure d’un écrivain de légende. Exposition Marcel Proust, un roman parisien. Musée Carnavalet »

  1. Superbe visite parfaitement écrite et illustrée qui donne envie d’aller voir cette exposition. Pour ma part, j’irai plus pour les témoignages de l’époque que pour Marcel Proust, butant trois fois comme je l’ai fait sur la fatale (pour moi) page 29 de à la recherche…
    Merci Renée. Je t’embrasse.

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    1. Merci Régis ! ton appréciation me va droit au coeur. Il y a de beaux témoignages écrits, venant de la part des contemporains de Proust. On découvre davantage le personnage. Bonne fin d’année, je t’embrasse.

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  2. Et Céleste, quelle femme! Elle a eu une vie merveilleuse auprès d’un être étonnant. Cette promiscuité l’a grandie… Qui n’aurait pas rêvé la même vie?

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    1. C’est vrai ! J’ai pu apprécier sa finesse en écoutant ses interventions. Proust avait bien compris la valeur de cette femme.

      Aimé par 1 personne

  3. « Voir la façon dont les gens vieillissent », tu as choisi l’essence même de l’inspiration de Proust pour donner le ton à cette visite passionnante. Son inspiration, son humour et sa cruauté.
    Et quel bonheur de voir ces peintres méprisés, dits mondains ou pompiers, redonner vie à la Belle Epoque. (Même si c’est le « petit pan de mur jaune » du Delft de Vermeer qui faisait rêver Proust).
    Merci, merci, Renée !

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    1. Merci Danielle ! Depuis quelques années, en avançant dans l’âge, et en voyant mes amis et membres de ma famille faire de même, je repense régulièrement à la description que fait Proust de ses retrouvailles avec la bande, dans Le Temps retrouvé, au cours d’une matinée chez la princesse de Guermantes. Terrible. Oui, l’exposition abonde de l’art de la Belle Époque, et on se prend de nostalgie. Parce que c’est une époque qui vous enveloppe.

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      1. Terrible, comme tu dis ! Je me demande si notre nostalgie de la Belle Epoque n’est pas la quête d’un Temps réinventé…

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      2. Je suppose que beaucoup, actuellement, doivent être dans l’espérance d’un « Temps réinventé »…

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  4. Merci pour ce bel article. Chez certaines personnes il y a des « absolus », Proust en est un exemple frappant.

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    1. Bien sûr, un « exemple frappant » ; merci Sylvie ! Et puis on peut peut-être dire qu’il était un sociologue…

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  5. RENÉE ,MERCI POUR CE CADEAU, DE FIN OU DE DÉBUT D’ANNÉE.
    NOSTALGIE , DU TEMPS DIT PERDU.
    J’AIME BEAUCOUP LES AQUARELLES DE VAN DONGEN.
    JE LES AVAIS ADMIRÉES À MARTIGNY.
    JE T’EMBRASSE .
    AVEC MES VŒUX
    Pierre Claude

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    1. Merci à toi, cher Pierre-Claude, de prendre sur ton temps pour me lire. Merci pour tes mots. Tu as eu la chance de pouvoir admirer ces aquarelles de Van Dongen… J’ai aussitôt penser à elles lorsque j’ai envisagé de faire l’article. Je savais que tu serais sensible à cette exposition. Meilleurs voeux. Je t’embrasse.

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  6. Ma mie, je t’adore et partage a plaisir tes choix et commentaires. Toutefois ce jour je passe mon tour quand a mes commentaires sans doute parce que je n’ai jamais pu pénètrer don oeuvre. Enfin un bipolaire se doit de se protéger des oeuvres mélancoliques. Grosses bises.

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    1. Mais je te comprends mon si cher Yvon. Et je te remercie pour ta chaleureuse présence.

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