Le Palais Galliera sous influence : Gabrielle Chanel. Manifeste de mode

Par Renée Valet-Huguet

D’un trait percutant Gabrielle Chanel aurait résumé l’affaire du Palais Galliera : deux ans de travaux, une réouverture le 1er octobre sous les trompettes de la Fashion Week, avec une exposition inédite, elle, la créatrice visionnaire, comme sujet. Plein succès, étouffé vingt- neuf jours plus tard : Paris reconfiné. Mais printemps rime avec renouveau ; le prestigieux Musée de la Mode de la capitale tire de son sommeil forcé la rare exposition. Jusqu’au 18 juillet 2021

Inauguration du Palais Galliera, Musée de la Mode de la ville de Paris : Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode Paris, France le 29/09/2020

Influenceuse avant l’heure

Le Palais Galliera d’un coup dut fermer ses portes. Le long des galeries circulaires les tailleurs en tweed sont restés bien droit, mais certaines robes ont rejoint des housses, quand d’autres se retrouvaient comme des gisantes, dans de longues boîtes à taille humaine. Un faux démontage. Un camouflet pour la créatrice. Mais qui aurait le pouvoir d’endormir à jamais le style Chanel. Le Monde n’avait-il pas, au lendemain de la disparition de Gabrielle Chanel, évoqué un style imposé et qui s’imposerait encore à plusieurs générations. Le New York Times, lui, affirmait que l’influence de la couturière était incalculable. C’était en janvier 1971.
Malraux n’avait-il pas prédit que, du XXe siècle en France, il resterait trois noms : de Gaulle, Picasso et Chanel.

Photo Palais Galliera, Musée de la Mode de la ville de Paris : Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode

La tentation dandy

Elle, qui avait rugi contre la mode de son époque, imaginant avec une ambition singulière le féminin. Une femme devait pouvoir se déplacer aussi aisément que la gent masculine, quitte à enfiler des pantalons. Ce que Gabrielle Chanel fit, affichant son intention de débarrasser la mode de ces artifices entravants que les femmes se transmettaient depuis des siècles. Elle piquera aux hommes la fonctionnalité de leur garde-robe. Planchant sur les matières elle taillera obstinément dans le jersey, le tweed, imposant dès 1910 sa version du tailleur. Puis, en 1926, sa petite robe noire qu’elle érige en symbole de franche modernité.

Photo Palais Galliera, Musée de la Mode de la ville de Paris : Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode
Photo Palais Galliera, Musée de la Mode de la ville de Paris : Gabrielle Chanel, Manifeste de Mode

Une légende cousue main

Elle, qui avait le goût du bâtir vrai, prit grand soin de parer son existence d’éléments trompeurs. Captive de la légende qu’elle avait construite tant autour de son nom que de son oeuvre, elle voulait en laisser trace. Passa commande auprès de tous les auteurs en vue de l’époque. Un livre. Elle donnerait les grandes lignes. La littérature ne fit rien, préférant sans doute la fiction aux confidences truquées. C’est après sa mort que la légende sera rectifiée. La journaliste et écrivaine Edmonde Charles-Roux avait mené six ans durant une enquête serrée.

Oh les mauvais jours

Vers la fin de sa vie, Gabrielle Chanel se servit abondamment des termes détester, dégoûter. Sa bouche comme une lanière, elle fustigeait les femmes qui avaient eu le front de relever l’ourlet qu’elle-même avait fixé à une certaine hauteur. On était en 1969. La couturière détestait le présent. Ironie du sort, c’est en tailleur Chanel que Simone Veil bataillera pour le droit à l’avortement, en 1974, pour le droit des femmes dont la couturière disait, « Les femmes, je crois à leur faiblesse, pas à leur force. »
Si le nom est synonyme de réussite extraordinaire, il soulève aujourd’hui des flambées d’indignation, des documents attestant de la conduite collaborationniste de Gabrielle Chanel pendant la guerre. « Elle ne gagnait pas à être connue », déclarait Karl Lagerfeld. Nous, c’est l’oeuvre qui nous fascine.

Simone Veil présente le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) à l’Assemblée nationale. © Michelle de Rouville / Paris Match

Manifeste de mode, l’exposition

Le Palais Galliera a choisi de « concentrer le propos de l’exposition sur le travail de la couturière. » À travers les galeries se déploient 350 pièces ; de la fameuse marinière en jersey de 1916, aux petites robes noires, des modèles sport des Années folles aux mythiques tailleurs en tweed gansé, les escarpins bicolores, le sac matelassé 2.55, les bijoux fantaisie et de haute joaillerie que Gabrielle Chanel posait à foison sur ses modèles, comme des indispensables. Pur manifeste de mode.

Photo Palais Galliera

Un chauffeur de taxi parisien affirme qu’une cliente lui a demandé de la conduire à l’adresse des deux C. Souhaitons que cette dame, et d’autres dans son cas aient connaissance de l’existence de l’exposition. Et découvrent que derrière les deux C se tenait une femme qui a révolutionné le monde de la couture.

Photo Palais Galliera

Correctrice/Relectrice : Elsa de Breyne

Source : https://www.lemonde.fr/culture/article/2012/08/23/coco-chanel-possedee-par-sa-legende_1750784_3246.html

8 réflexions sur « Le Palais Galliera sous influence : Gabrielle Chanel. Manifeste de mode »

  1. 2460869385009rsgm 1 juin 2021 — 19 h 29 min

    Elle n’a pas qu’habiller les femmes modernes elles les a sublimé, en faisant découvrir leur ligne, leur forme, leur grâce, leur féminité jusqu’en dessous des genoux!

    Aimé par 1 personne

  2. sylvie Brossette 2 juin 2021 — 6 h 48 min

    Maman, née en 1922, s’habillait en Chanel. Elle était d’une élégance et d’un raffinement ( à faire pâlir de jalousie les plus belles déesses de l’Olympe ), dont sa petite fille Elsa a hérité. Quant à moi, j’ai adoré pendant des années son divin parfum, le n° 5.

    Aimé par 1 personne

    1. Sylvie, j’ai en mémoire le portrait Harcourt de votre Maman, son élégance était si visible. J’aime voir l’élégance d’Elsa, et son raffinement m’est doux. Merci de votre témoignage.

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  3. « De Gaulle, Picasso, Chanel »… Quel art de la synthèse ! Merci, Renée, pour cet hommage à l’élégance et à la féminité!

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci Danielle. Malraux avait raison. Comment oublier le tailleur Chanel que portait Jackie Kennedy, et qui fut taché de sang, image fixée dans l’histoire. Amitiés. Renée

      Aimé par 1 personne

  4. Francois Cohendy 3 juin 2021 — 6 h 47 min

    Légendaire à défaut d’être sympathique!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui! Elle intriguait, en particulier Edmonde Charles-Roux dont le livre l’Irrégulière démonte la légende. Avec les années, le visage de Gabrielle Chanel portait tout le mépris qu’elle avait pour le présent.

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