L’irrévérence aux enchères. Chantal Thomass 40 ans de mode

Par Renée Valet-Huguet

Dans les salles de vente la mode rivalise avec l’art et le mobilier. Griffes contre estampilles. S’annonce un tourbillon de ventes de griffes, ainsi le 6 mai, à l’Hôtel Drouot à Paris, sous le marteau de la Maison Millon seront dispersées 274 pièces uniques de défilés, de collections : Chantal Thomass « 40 ans de mode ». Expert Didier Ludot. Atelier extraordinaire

Automne – Hiver 1992
Robe « doudoune » matelassée ivoire, à double boutonnage et longue traîne
Création Chantal Thomass x Moncler. Pièce unique pour le final du défilé
Estimation : 400 € – 500 €
© JO ZHOU


Elle et Lui

Ces deux-là ont tissé au fil de la mode une complicité. Chantal Thomass, Didier Ludot. L’une est créatrice, l’autre, antiquaire de mode. Une rencontre dans les flamboyantes années 70, époque inventive, irrévérencieuse, singulière. Tous deux se distingueront. Chacun de son côté. Chacun à sa façon.

Chantal Thomass & Didier Ludot

Elle

En dépit de la légende qui la range dans le tiroir délicat de la lingerie, Chantal Thomass s’est d’abord illustrée dans la mode. Fin des années 60, émerge sa première marque, baptisée Ter et Bantine, du nom de cette essence chatouillante qu’utilisait son fiancé, lequel peignait des pans de tissus destinés à devenir des robes. De fait Ter et Bantine pique les yeux, la presse s’emballe. L’avenir se dessine. Une première boutique rue Dauphine à Paris.
C’est en 1975 que Ter et Bantine se dilue pour laisser apparaître la marque Chantal Thomass. Tout nouveau aussi pour la créatrice, un impeccable carré à frange qui, peut-être, décidera le publicitaire Benoit Devarieux à croquer un logo graphique en diable : une silhouette longiligne coiffée d’un carré noir jais, bouche comme une cerise. C’était en 1981. Vivante, la silhouette se détachait dans la bande amie des créateurs prodigieux, Mugler, Montana & Co. Tous, différemment, bâtiront un nouveau style féminin.

Chantal Thomass for Ter et Bantine, automne-hiver 1977 photo A part magazine

Enfin, la créatrice, poussée par son penchant naturel pour la dentelle, la soie, et inspirée par la lingerie de l’entre-deux-guerres et des années 50, créera « son accessoire de mode » : une lingerie cousue de féminité et d’audace, voire de provocation. Et nous le confessons, alors que dans les années 70 nous avions, dans un geste rageur, libéré notre corps des sous-vêtements, brusquement nous est revenu le désir de porter ce véritable objet de mode. D’autant que, à la façon Chantal Thomass, la lingerie pouvait, impertinente, apparaître au détour d’une jupe fendue haut, dans l’échancrure d’une chemise d’homme. Des rais de lumière, du rose, du noir, dentelle, noeuds. La créatrice s’amusait, nous aussi.

Automne – Hiver 1992
Veste longue à double boutonnage en gabardine de laine noire à « hublots » 
« qui laissent entrevoir les sous-vêtements »
Estimation : 200 € – 250 €
© JO ZHOU

Automne – Hiver 1993
Pantalon à quille en dentelle de Calais (Leavers) noire et argent, pull en laine et lurex noirs et argent 
Quelques trous
Estimation : 200 € – 250 €
© JO ZHOU

Lui

Dans l’esprit comme dans le coeur de Didier Ludot réside une encyclopédie de mode. Un oeil perçant sur l’époque, qu’il dépeint avec son humour décapant. Appelé communément le pape du vintage, ses vitrines, au Palais-Royal, truffées de modèles de grands couturiers statufient le tout venant, le monde de la mode, les vedettes internationales.
Vintageuses par nature nous connaissons bien ce pionnier, depuis ses débuts, années 70. Immédiatement il nous était apparu comme une sorte de sauveur du patrimoine mode. Et puis cette idée de donner à sa maison de création ce nom enchanteur : La petite robe noire, où la vitrine brillait de seuls traits noirs ; des robes fabriquées en France, imaginées par le duo qu’il formait avec son directeur artistique Félix Farrington. Et puis les spectaculaires ventes aux enchères, de pans de sa collection Vintage, chez Sotheby’s.
Aujourd’hui, Didier Ludot, expert de la Haute Couture et du prêt-à-porter de luxe du XXe siècle, entraîne Chantal Thomass dans la ronde des enchères, et rappelle que la créatrice était une des seules femmes de cette génération de couturiers, soulignant la présence de tops modèles dans ses défilés, concluant : cette vacation va protéger un patrimoine vestimentaire important.

Chantal Thomass, « 40 ans de mode »
Jeudi 6 mai, Drouot Richelieu, salle 5. Millon & Associés OVV. M. Ludot.
Complétée d’une vente en ligne, accessible du 19 avril au 8 mai, réunissant 355 articles supplémentaires

Printemps-été 1991/1992
Défilé«Carte de France», jupe «crinoline parasol» et brassière en popeline de coton orange gansée blanc, pièce unique de défilé.
Estimation : 400/450 €
© JO ZHOU

Automne-hiver 1993
Manteau en tweed noir et blanc, à double boutonnage et dos à tournure de volants, robe en gabardine noire à boutons dorés, chapeau et carré en soie imprimée, chaussures à brides.
Estimation : 250/280 €
© JO ZHOU
Sac à bandoulière « téléphone » en vernis noir 
36 x 16 cm
Estimation : 150 € – 200 €
© JO ZHOU

L’automne 79, nous avons timidement fait la queue devant le 11, rue Madame, où s’était posée la maison Chantal Thomass, pour obtenir enfin les fameux collants en dentelle, portés par Fanny Ardant, Catherine Deneuve, et toutes les anonymes. En vain. Liste d’attente…

Photo de couverture : Vente « Madame Chantal Thomass, 40 ans de mode » le 6 mai 2021 chez Millon, Paris.
Photo Jo Zhou.

Catégories MODE

8 réflexions sur « L’irrévérence aux enchères. Chantal Thomass 40 ans de mode »

  1. Chère Renée, je ne suis ni une « vintageuse », ni une « fashionista » mais ton article est un petit bijou d’élégance et de raffinement, une ode à la création au féminin. Merci ! Danielle

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    1. Merci Danielle! je suis touchée que tu te penches sur un sujet que j’aborde, et qui n’est pas ton histoire, mais ta sensibilité l’emporte! De même, moi qui suis une citadine pur jus, je suis transportée lorsque je me plonge dans tes articles. Merci. Renée

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      1. Chère Renée,
        Quand on partage l’amour du beau, on ne peut que s’entendre. Mon luxe à moi, ce sont les tissus pour la maison. Je t’invite à découvrir mes activités artisanales sur http://www.lazulibiloba.com
        Belle journée !
        Danielle

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      2. Mais, chère Danielle, j’ignorais tout de tes talents. Assurément nous partageons « l’amour du beau », aussi ais-je eu un plaisir fou à explorer ton site. Magnifique. Et les avis sont élogieux. Je connais un peu le domaine de la décoration et j’y suis très sensible. Chaque voyage à Paris m’entraîne obligatoirement place de Furstenberg. J’avais fait recouvrir des canapés d’un tissu de Pierre Frey, il y a longtemps. Et j’admire l’évolution de cette maison. J’ai beaucoup apprécié ton casier « noir et et blanc », mes « couleurs » préférées. Et l’utilisation du wax. J’avais donné à l’Université de la Mode, Lyon, une conférence : L’influence de la mode africaine sur la Haute Couture, et j’avais longuement évoqué, photos à l’appui, les tissus traditionnels africains. Le public avait découvert certains tissus même funéraires, dans lesquels le couturier Kenzo avaient taillé des vestes. D’autres l’avaient imité. En Afrique je courais les marchés à la recherche de tissus fabuleux. C’est en rendant visite à son frère, diplomate en Afrique, que Madame Carven, en 1950, était tombée en admiration devant les tissus, en avait acheté une cargaison et avait bâti sa collection intégralement « africaine », laquelle, en dépit de ses craintes, avait énormément plu. Je vais transmettre le lien de ton site à un ami, qui a cofondé la maison de décoration « Les Héritiers » Bonne journée, je file tout de suite dans ton jardin. Renée

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      3. Chère Renée,
        quel plaisir de recevoir la visite d’une amateure (ou amatrice ?) éclairée comme toi ! Chaque fois que je touche un beau tissu, c’est toute une histoire qui je ressens entre mes mains. Comme les ateliers de l’époque Louis XVI : en ce moment, je travaille le divin « Diva » de Charles Burger, tellement délicat, tellement subtil, on croirait qu’un dessinateur vient de le créer à la plume.
        Je m’éloigne de l’Afrique mais avec le retour du printemps, je vais revenir à des inspirations plus « nature ». Comme les wax qui sont une source extraordinaire de créativité et de vitalité. On en a bien besoin en ce moment.
        Mais parlons de toi ! Ainsi tu es conférencière !? Je veux en savoir plus ! A très bientôt, Danielle

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      4. De même que toi, un tissu entre les mains me procure de curieuses impressions. Comme tu as de la chance de pouvoir travailler de tes mains avec ces matières. Non, je ne suis pas conférencière. Cependant, j’ai conduit des projets avec les étudiants et étudiantes (notamment un roman photo sur le thème : la mode en temps de restrictions, (guerre) et animé des cafés de la mode ; c’est incidemment que la directrice a souhaité que je fasse une conférence à l’occasion d’une journée de l’Afrique. J’ai un pied dans la mode depuis des décennies, j’étais pionnière dans la mode vintage, car à la recherche de l’exigence des couturiers d’antan. Alors j’achetais… Et je portais des pièces des années 40, 60, 70, des pièces terriblement modernes. Lorsque le vintage est devenu à la mode, j’ai été sollicitée de toute part, (médias, université de la mode) pour des témoignages, interventions, avec photos de mes « trésors » Voilà!

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  2. Encore un article écrit avec passion et élégance, et toujours très instructif. Effectivement, je ne connaissais Chantal Thomass que par le biais de sa lingerie imaginative et raffinée. les illustrations montrent des pièces encore incroyablement modernes. Le beau semble être indémodable. Et puis, c’est aussi tous ces matériaux nobles utilisés pour leur confection. Je me rappelle davantage de C. Montana avec ses créations aux cols improbables, aux manches archi bouffantes et aux noeuds oversize. J’aimais bien. Un bel hommage.

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    1. Merci Manuela. Oui, le beau est indémodable. Et il est vrai que je préfère contempler les archives de créateurs que les collections d’aujourd’hui. Cela tient surtout aux matières. Si l’on a sous les yeux un manteau de Patou, la matière est fabuleuse, et, même dans les grandes maisons, actuellement, la matière n’égalera pas celle de Patou. On tire sur tout, ce qui compte c’est le profit. Et faire plaisir aux actionnaires. Je suis contente de ton goût pour Montana. Il était mon préféré de la bande de créateurs prodigieux de l’époque.

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