Humeur. L’intime retrouvé

Par Renée Valet-Huguet

« Toute vérité n’est pas bonne à entendre ». Aussi, nous prions les personnes qui font du commerce de nous comprendre, et de nous pardonner ; la vérité qui va suivre est si bonne à dire.

Photo Berliner Ensemble.  Théâtre revisité pour respecter les barrières sanitaires. Fondé à Berlin par Bertolt Brecht en 1949

Le temps d’avant

Dans un commerce, quelqu’une de ces courants Maltusiens, qui préconisent la réduction de la population mondiale, commentait, l’air fataliste, l’arrivée du virus. « Terrible, mais, en même temps, nous sommes trop nombreux sur terre »
Le propos s’est ensuite perdu dans le flot continu de paroles obsessionnelles et anxiogènes sur les risques du virus. Aujourd’hui, alors que nous sommes dans le monde de demain, le propos nous revient, mais épuré de sa morbidité. Assurément, tout lieu est surpeuplé. Qui n’a pas trouvé assommant, au café, au restaurant, ces salves de rires qui éclatent, brisant la douce conversation d’un tête à tête amoureux. L’impatience de celui dont la voiture égrène, comme un chapelet, dix étages d’un parking avant de pouvoir coincer sa voiture entre deux monstres. Tout aussi décourageant l’engorgement sur une bretelle d’autoroute, sur un étal au marché, ou sur de maigres trottoirs. Pointons aussi la foule qui se presse aux abords des théâtres, des cinémas. La foule, aussi, de prétendus affamés de culture, venant du monde entier, et qui s’engouffrent au musée du Louvre, avides de photos prises mécaniquement, formant autour de La Joconde une masse piétinante, impatiente, allant, un jour, jusqu’à conspuer un homme, vêtu d’une doudoune surgonflée. Il prenait tout la place.

Nouveau temps

Le monde d’après demain est impossible à dessiner, mais là, à présent, il nous est donné de vivre ce que beaucoup souhaitent : un monde confidentiel. Les petits musées, déjà, tel L’Institut Giacometti, à Paris, sont autorisés à recevoir, mais eux nous ont toujours plus on moins offert des visites presque privées ; discrets, écrasés par les grandes expositions de musées prestigieux. Ces derniers devront en rabattre, les mesures sanitaires les obligeant à scinder les groupes. Dix personnes, successivement. Regarder enfin La Joconde droit dans les yeux
Autre source de réjouissance, les déjeuners, dîners, sont pris dans des restaurants où les tables, auparavant plantées en haies touffues, sont désormais clairsemées. Les théâtres, cinémas, dans l’attente de la réouverture, remisent une partie de leurs sièges. On soupire d’aise. S’étaler fait du bien.
Mais, ce qui nous a procuré une sensation indéfinissable, c’est la proposition susurrée par certaines boutiques de mode. Écrite, mais qui vous arrivait comme une voix sucrée : « Nous pouvons vous recevoir sur rendez-vous ». Juste avant, on nous assurait, « Vous nous avez manqué ». Le sirupeux fait du bien. L’image que suscita la proposition fut celle de ces salons de couture des grandes maisons, où la cliente devient le centre de toutes les attentions. Hormis le luxe, il en était ainsi, il n’y a pas si longtemps, dans de simples boutiques, quand les vendeuses étaient « d’un certain âge », qu’elles recevaient, souriantes, soucieuses avant tout de créer des émotions.
Il faut vivre avec son temps, dites-vous. Certes. Mais un confinement demande un temps de rétablissement, pour se réaccoutumer aux lieux indifférents et surpeuplés, à la musique qui s’impose partout, au vacarme de la rue. Allez-y piano.

photo Source Pinterest

Des couples cherchent à recréer dehors une intimité.

10 réflexions sur « Humeur. L’intime retrouvé »

  1. François Cohendy 6 juin 2020 — 18 h 00 min

    Y aller piano et avec Hopper, ça me va!

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai pensé à toi en choisissant la photo de couverture… Piano…ça je m’en doutais, te concernant

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  2. veroniquedesoultrait 7 juin 2020 — 13 h 40 min

    Il est certains pour qui ce confinement fût une merveilleuse trève aux parasitages incessants du silence interieur…
    Et ce déconfinement nous laisse hagards, on pourrait le nommer « A la recherche du temps perdu »…

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vrai, Véronique, tout est vrai dans ton beau commentaire. Et tu tiens le titre de l’après  » A la recherche du temps perdu ».

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  3. Merci Renée pour ce regard aiguisé qui nous invite à redécouvrir des plaisirs jusque là réservés à d’autres….

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    1. Merci à vous, Anne. Tout plaisir, actuellement, est bon à prendre.

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  4. Patricia Blaise 10 juin 2020 — 7 h 53 min

    Ed. Hopper et la fondation Barns à Philadelphie quel beau souvenir…c’était avant mais peu de monde presqu’un confinement de bonheur

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    1. Faire un tour chez Hopper ne peut se faire parmi la foule. Il avait le goût du vide… « Confinement de bonheur » ainsi que vous le dites…

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  5. Christiane Granger 10 juin 2020 — 8 h 44 min

    Malheureusement, le « monde d’après » plus exactement « le monde d’aujourd’hui » est bien éloigné de l’idée que nous avions échafaudée…et personnellement je ne peux plus vivre en mode piano…heureusement, il nous reste Hopper !
    Je t’embrasse fort

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    1. Merci Christiane. Il est vrai que ce temps différent nous amène à des constats. Hopper, lui, nous envoie son monde au visage, monde bien particulier, mais tentant pour certains.

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