En quête de hauteur ou le charme vénéneux des talons hauts

Par Renée Valet-Huguet

On les porte au péril de nos pieds. De notre dos. Les talons hauts, autrefois, terminaient la tenue des hommes. Pour marquer leur rang social. L’étiquette se fait plus floue, lorsque les femmes héritent de cet accessoire à la fois inconfortable et exaltant.

photo source pinterest

Vertige du talon

Une brune piquante déroulait dernièrement chez le coiffeur la satisfaction qui montait en elle lorsqu’elle conduisait sa voiture, petite mais surélevée. « Je domine », affirma-t-elle l’oeil sérieux. Comme elle se levait, sa démarche un peu incertaine nous révéla le port de talons hauts, très hauts. Au delà de cinq centimètres, les talons propulsent le corps vers l’avant ; et ce simple geste, marcher, semble alors devenir une corvée. Évoluer en escarpins est un art, qui est enseigné.

Femmes en altitude

Le talon échoit aux femmes au XVIIIe siècle. La révolution de 1789 ternira sa renommée, traité d’objet superficiel, il sera délaissé, pour réapparaître bien longtemps après.
Dès le XIXe siècle des photos de pin-up juchées sur des talons se multiplieront. Et la seconde guerre mondiale amplifiera le phénomène avec ces photos faisant office de réconfort auprès des soldats. Le talon aiguille s’imposera dès lors comme accessoire érotique. (Elizabeth Semmelhack, auteure de Heights of Fashion : A history of the Elevated Shoe)

photo source pinterest
Symbolique du fétichisme

La mode fera la fortune du talon haut. On ne résiste pas à cette chaussure qui donne galbe à la jambe, qui marque la cambrure des reins. « Un corps mis en tension, érotisé », souligne le créateur Pierre Hardy. Donné comme « l’accessoire le plus provocant de la mode » (PS Magazine), le talon est à la fois douleur et griserie. Derrière l’aspect futile et sexy du talon, ce qui était déjà le cas au XVIIe siècle, reste tapie cette symbolique de pouvoir. Être ainsi surélevées, permet aux femmes de se mettre à la hauteur des hommes. Les regarder dans les yeux. Et, certaines goûtent à la volupté de se placer au-dessus des autres femmes.
Pareillement grisées par l’altitude, la vamp et les grandes patronnes. Les féministes, elles, pointent du doigt l’entrave : perchée sur des talons, une femme ne peut accélérer le pas, ni courir, donc pas de fuite possible ; elle est une proie.

Cendrillon

Christian Louboutin, sacré pape du talon, déclarait au New Yorker, qu’il détestait « le concept du confort ». Soit, faites-vous belle et au diable la douleur.
« Depuis les années 1990, des podologues, notamment américains, se sont spécialisés dans les “opérations Cendrillon”, dont le surnom devrait plutôt être “opérations des méchantes sœurs de Cendrillon”, puisqu’elles consistent à raboter les bouts d’orteils aux femmes pour leur faciliter la marche sur talons aiguille », relate une spécialiste de la mode.

Un homme parfait

Admiratif d’une collègue très assurée, un homme d’affaires australien lui demande son truc. Simple, répond-elle, mes talons. Médusé, Ashley Maxwell court à la recherche d’une telle chaussure. Dix centimètres. Il se sent confiant, invincible. Depuis lors, dans la rue, au bureau, on admire le chaloupé de sa démarche. Clac clac clac…

http://www.letribunaldunet.fr

Talons rouges

En d’autres temps, 1662, Monsieur frère du roi, revenant du Carnaval au marché des Innocents, à Paris, ses talons se découvrent rouges, maculés de sang de boeuf. Une mode à la cour était lancée. Forcément la noblesse s’y rallia.


En ces temps particuliers, marcher en talons aiguille sur les pavés d’une vieille ville serait source de bonheur.

Photo de couverture Cédric Roulliat

8 réflexions sur « En quête de hauteur ou le charme vénéneux des talons hauts »

  1. Bonjour – J’aime ton article – Je suis née dans une ville qui vivait de la chaussure. Cela existe toujours, pour les chaussures de luxe, Christian Dior, Chanel. Ma mère avait  » un pied mannequin « … une tante, était représentante en peausseries… j’ai été élevée avec, même bébé … A Paris, j’aimais les chaussures Dürer, qui avaient leur magasin en bas des Champs – Elysées et j’étais une bonne cliente. Elles n’existent plus.
    Mais une année, un automne, je m’étais fait une tenue en gris que j’ai beaucoup aimée, pull col roulé gris, dans pantalon entouré d’une ceinture corselet en daim gris, des boots très hautes dans lesquelles je virevoltais et travaillais … plus une cape – d’un couturier italien…
    Depuis, j’ai un peu de mal à trouver ma pointure, 35. Sur les catalogues de vente par correspondance, j’ai trouvé de jolis slippers.
    Merci de m’avoir permis d’évoquer tout cela.
    Amitiés – tu écris vraiment très bien 🙂

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    1. Merci pour ton abonnement au blog. Merci de ton appréciation. J’aime l’idée que mes articles permettent d’évoquer des souvenirs. Les tiens, que tu déroules, me ramènent à Romans ( je suis lyonnaise) où nous allions, avec un ami styliste, qui faisait porter à ses mannequins des chaussures de Jourdan ou René Caty. Je me souviens bien de Dürer, qui a disparu, comme Stéphane Kélian qui faisait des chaussures à faire pâlir d’envie les italiens! J’ai toujours préféré les accessoires (chaussures, sacs, ceintures) aux vêtements. Les chaussures, c’est, dit-on la première chose que l’on remarque. Contente de ton témoignage. Amicalement.

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      1. Catherine LABOUBÉE 5 septembre 2020 — 10 h 31 min

        Ah, Dûrer et Kélian, et quelques autres, que de souvenirs avec ma maman, accro aux chaussures… et aux gants ! J’avais gardé sa collection, mais des déménageurs peu scrupuleux me l’ont perdue il y a 5 ans… Me reste sa collection de vêtements anciens !

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      2. Merci Catherine. Ah! Les gants, j’en suis folle. Quel dommage pour la perte de ces beaux objets qui appartenaient à votre Maman.

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  2. François Cohendy 8 avril 2020 — 22 h 03 min

    Je ne sais plus quel humoriste établissait ainsi la différence entre le Salon de l’agriculture et le Festival de Cannes:  » il n’y en a pas, sauf qu’à Cannes les vaches sont des putes en Louboutin »!

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    1. Les féministes doivent l’avoir à l’oeil l’humoriste! Chuchu, lui, avait écrit, en reportage au festival de Cannes, quelque chose du genre : si tu n’as pas de stilettos de 12 cm, c’est que tu as raté ta vie.

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  3. veroniquedesoultrait 10 avril 2020 — 10 h 46 min

    Fétichisme qd tu nous tient…

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    1. Surtout ne jamais se retenir… Je rêve d’écrire précisément un article sur le fétichisme.

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