L’automne en livres

Par Renée

L’automne disperse des livres nouveaux, autant que de feuilles mortes, on glisse sur certains, d’autres nous arrêtent. On lit, bien au chaud.

ROMAN
ENCRE SYMPATHIQUE, par PATRICK MODIANO
Gallimard, 137 pages, 16 euros

Promenade en terrain connu

Depuis longtemps nous pistons Patrick Modiano dans ses vagabondages à travers un Paris disparu. Quête d’un passé perdu qui toujours se dérobe. Même si ses derniers romans nous semblaient faiblement Modianesques, on aime frôler ces ombres qui hantent son oeuvre. Avec Encre sympathique, son vingt-neuvième roman, le romancier prix Nobel de Littérature en 2014 Patrick Modiano poursuit son oeuvre. Mais à force d’arpenter les sentiers tortueux de la mémoire cette fois le brouillard se lève, un peu.
Un narrateur part à la recherche d’une femme évaporée. Enquête initiée des années auparavant dans l’officine d’un détective privé. Paris, encore. Et le flou poétique de la narration, dans une multiplication de clins d’yeux aux romans marquants de l’auteur. Enfin, à un moment avancé du texte Modiano biaise, passant du je au elle. Mais le narrateur pourra-t-il s’aventurer dans un avenir vide des mystères du passé…
Un roman bref, le charme d’un grand Modiano.

ROMAN
LE BAL DES FOLLES, par VICTORIA MAS

Albin Michel, 256 pages, broché 18,90 euros

Tourbillon infernal

Le bal de la mi-Carême, source de griserie. Louise et ses compagnes se préparent fiévreusement et avec elles tout l’hôpital. Parce qu’elles sont internées, à la Pitié Salpêtrière, à Paris. Mars année 1885. Le bal est appelé « le bal des folles », dernière expérimentation du professeur Charcot, neurologue renommé, chef du service des hystériques. Il veut faire de ses malades des femmes comme les autres. Elles valseront, déguisées en gitanes, colombines, mousquetaires en compagnie du Tout-Paris, qui accourt pour voir tourbillonner ces « folles ». Dans une salle les épileptiques et les idiotes, dans l’autre les maniaques les folles les hystériques.
Louise, internée depuis trois ans pour « crises d’hystérie » après un viol, est l’une des favorites du professeur. Loin de là, Eugénie, jeune fille bien née essaie de cacher à sa famille son secret: Elle peut communiquer avec les morts, mais dévoiler ce don lui vaudrait d’être jetée à la Pitié Salpétrière, pour hérésie. Deux destins, qui finalement s’entremêleront.
Prix Stanislas du premier roman, prix première plume, premier roman soucieux de l’oppression dont sont victimes les femmes à une époque où mieux valait retenir ses emportements, sous peine d’internement. « Des femmes qu’on fait bien de maintenir à l’écart, même si on ne saurait dire pour quelle raison exactement, celles-ci n’ayant commis ni offense ni crime »
Victoria Mas, fille de la chanteuse Jeanne Mas, auteure de cinéma, amène comme dans un scénario habilement construit des personnages complexes. Leurs mésaventures nous retiennent, on attend le bal où tout se dénouera, on frissonne.

ROMAN
LES CHOSES HUMAINES
, par KARINE TUIL
Gallimard, 352 pages, 21 euros

Chute d’une famille dite puissante

Au sein de la famille Farel chacun se distingue. Le père, journaliste politique squatte littéralement les écrans, la mère, essayiste en vue, féministe déclarée, un unique héritier, qui se devait d’étudier à polytechnique puis à l’université de Stanford, en Californie. 2015, le couple se sépare. Le fils semble indifférent à la rupture. Chacun poursuit sa vie, nourri du sentiment que la réussite sociale est un abri inébranlable. Mais le rejeton fera s’effondrer d’un coup le bel édifice.
Karine Tuil, sélectionnée pour le prochain prix Goncourt s’est inspirée de l’affaire de Stanford où un étudiant a été condamné pour viol. L’auteure du remarqué roman l’insouciance observe dans les choses humaines la nouvelle sauvagerie, une famille dépecée en quelques secondes sur les réseaux sociaux, la machine judiciaire qui se met en marche, des vies sombrant soudain dans la sordidité. Surtout elle pointe le délabrement des rapports entre hommes et femmes, et le caractère inattendu de la sexualité. Sans concessions, Karine Tuil démonte la mécanique de la terrible machine judiciaire. Roman magistral.

4 réflexions sur « L’automne en livres »

  1. Pas encore lu Modiano et connais pas Karine Guil….Quant à la fille de Jeanne Mas elle me semble plus maligne que sa mère dont Caroline Loeb disait « comment tant de bétise peut-elle tenir dans un si petit corps?  » ( sic). Merci des bons conseils!

    Aimé par 1 personne

    1. Ah! Jeanne Mas, elle divise toujours! Sa fille en tous cas a du talent. Merci François. Je ne savais pas pour Caroline Loeb et son jugement!

      J'aime

  2. veronique de soultrait 2 novembre 2019 — 6 h 39 min

    merci Renée!

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    1. Merci à toi de ta fidélité à nos articles.

      J'aime

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