Humeur. L’ère des femmes puissantes

Par Renée Valet-Huguet

Il en va des mots comme des modes. Un jour ils surgissent, sont utilisés abondamment, parfois sans discernement, et enfin s’évaporent.

Des mots vendeurs

Prenons le mot puissant. Son écho déjà inquiète. Derrière se tient le grand pouvoir. On devrait se servir avec précaution du mot. Mais voilà que pour des riens on nous balance, « c’est puissant »: Une boisson, une rencontre, des boucles d’oreilles, qui celles-là en d’autres temps auraient eu droit à « c’est renversant »
Peut-être un vent littéraire a transporté le mot, l’associant aux femmes: Marie NDiaye « Trois femmes puissantes » Mona Chollet « Sorcières: La puissance invaincue des femmes ». Ou bien inspiré par le mouvement #Metoo.

Femmes puissantes

Cet été Léa Salamé recevait à France Inter des femmes puissantes. En tête à tête. Pour ausculter la puissance des femmes. Toutes les invitées ou presque déclarent ne pas se reconnaître dans la qualification. « Mais puissante en quoi » s’étonne l’actrice Béatrice Dalle, « peut-être à force d’avoir tellement de liberté et de dignité » Tandis que Delphine Horvilleur, rabbine, trouve suspect l’adjectif. « Il y a une certaine grâce de l’impuissance. Les femmes ont souvent été de ce côté là. Et elles y ont trouvé de la force »
Bettina Rheims, photographe de toutes les femmes: « Moi, une femme puissante? Non, pour moi la puissance, ce n’est pas totalement propre » Elle n’aime pas le mot. « Il y a dedans une forme de domination, d’ambition » Et si elle assume son ambition, elle déclare que la puissance c’est peut-être plutôt masculin. Paradoxalement selon elle, elle photographie les femmes en disant « Les femmes sont puissantes, ou je les rends puissantes, fortes et fragiles à la fois » On acquiesce. Une séquence toutefois nous trouble. Nathalie Kosciusko-Morizet à Léa Salamé : « Je suis une femme puissante, comme vous, comme toutes celles qui nous écoutent » L’intention semble bonne, mais nous vient une envie de crier : Marre que l’on parle en notre nom. C’est vrai, certaines peuvent avoir du mal à se croire puissantes, à se le murmurer alors que souvent la discrétion était prônée dans l’éducation.

La mode s’emmêle

Dans la foulée, ceux qui créent des habits ont propulsé sur les podiums des robes d’aspect gigantesque. Comme si la femme devait remplir et l’espace et notre imaginaire. Mieux, emportés par leur volonté consciente ou inconsciente de célébrer la nouvelle féminité, certains comme Paco Rabanne, Balmain ajoutent une traîne, signe de majesté. La traine tient tout le monde à l’écart. Ampleur, démesure, des robes en guise de pancartes qui afficheraient le nouveau pouvoir féminin. Dans les années 80, la presse féminine appelait guerrières les femmes habillées par Montana. Guerrières qui semblent aujourd’hui avoir remporté la victoire. Du moins si l’on décrypte le langage des créateurs. Lesquels paraissent vivre hors du contexte actuel, où dans la rue des jeunes s’époumonent pour que s’établisse une certaine décroissance, en tous cas le respect de l’environnement. Mais derrière les couturiers les marques, certainement, appliquent une stratégie: capter l’attention du public, apporter du rêve. La mode n’aurait-elle pas envie tout bonnement, dans cette période incertaine de faire l’éloge de la superficialité?

Claude MONTANA Années 80.

« Être une femme puissante, c’est avoir le courage de déplaire » Leïla Slimani Autrice Prix Goncourt 2016 pour Une chanson douce

Photo de couverture Alain Boix

4 réflexions sur « Humeur. L’ère des femmes puissantes »

  1. veronique de soultrait 3 octobre 2019 — 17 h 52 min

    bravo Renée pour le courage de déplaire!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Véronique! le chemin est long parfois pour y arriver….

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  2. Chère Renée,
    Me revient en vous lisant la phrase exécrable, et pourtant dévotement citée partout, de Pierre Bergé : « Chanel a libéré les femmes, Saint-Laurent leur a donné le pouvoir. » C’est dans les usines, dans les bureaux, dans les réseaux de la Résistance et dans la rue que les femmes, au siècle dernier, ont conquis leur liberté et leur autonomie (je partage les réticences exprimées sur le pouvoir), et elles ne les doivent qu’à elles-mêmes, et non à quelques oisives rentées qui ont trouvé révolutionnaire de porter le smoking dans les années 60, comme si Marlene, trente ans plus tôt, et sans demander la permission au maître… Chanel, qui savait de quoi elle parlait, a milité pour la liberté du mouvement du corps féminin et pour des vêtements fonctionnels, démarche bien plus politique que l’érotisation mercantile qui sévit plus que jamais. L’évolution actuelle de la maison Saint-Laurent lui donne amplement raison : la femme n’y est que le (très jeune) objet des regards, perché sur des talons qui n’ont jamais libéré personne de la loi de la gravité. Le pouvoir, dans ces conditions, n’est qu’un leurre ou une imposture.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, « c’est dans les usines, les bureaux, dans les réseaux de la résistance…. » D’ailleurs Saint Laurent s’est amplement inspiré de cette époque! C’est généralement dans la rue, dans la vraie vie que les choses se passent. Les créateurs de toutes sortes s’en inspirent. Peut-être arrivent-ils parfois à faire réfléchir ceux qui vivent sur d’autres surfaces. Merci de votre commentaire aux mots si justes.

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