L’été en Livres

Par Renée Valet-Huguet

Un livre caniculaire est un indispensable. Comme un glaçon que l’on glisse soudain sous son aisselle, sur son cou. Pour être bien. Roman addictif, auto biographie, façon polar…

ROMAN
AMOUR PROPRE, par SYLVIE LE BIHAN,
JC LATTÈS, 250 pages, 18,90 euros.
Réflexions d’une mère, à Capri.

Quand une auteure traite d’un sujet tabou. Une mère divorcée, lasse, Guilia, 46 ans, trois ados mous et narcissiques sur les bras, écorne le mythe de la « dyade mère enfant. » Invitée par un collègue universitaire elle part à Capri, plus précisément à la villa Malaparte, pour écrire. Sa mère, qui l’avait abandonnée peu après sa naissance adulait Malaparte. Guilia, seule dans le fabuleux abri de l’écrivain s’interroge sur le temps passé à élever ses enfants. Qu’en tire-t-on au bout du compte. « J’ai eu des enfants et je le regrette. » Elle rencontre Maria, gardienne des archives de Malaparte, qui se montre conseillère, et des plus avisées. Guilia, doucement finira par renouer avec elle-même. « Je sais maintenant que mon équilibre repose sur deux valeurs: la liberté et la solitude. »
Sylvie Le Bihan manie excellemment les sujets tabous. Qui souvent alimentent ses romans. Dans son livre « l’Autre » elle déroulait l’histoire d’une femme aux prises avec un mari pervers narcissique, sans jamais glisser dans la caricature.

ROMAN
TRIANGLE À QUATRE, PAR MATTHIEU JUNG,
ANNE CARRIÈRE, 240 pages, 18 euros
Tourbillons d’amour

Vous avez dit bizarre? Une femme désirable Élise, la trentaine, kinésithérapeute se sent attirée par un patient banal, pataud, bon père de famille. Éric Husson. La quarantaine il émerge d’une transplantation cardiaque. Le jour de cette greffe précisément, Ludovic, le grand amour d’Élise est mort. Son coeur a été prélevé. Enfermée dans la dépression, elle semble renaître dans un amour passion avec Éric. Lui, oublie femme et enfants. Ayant appris qu’Éric avait été transplanté le jour de la mort de son seul amour, Élise est certaine que dans la poitrine d’Éric bat le coeur de Ludovic. Son médecin tente de la dissuader, elle répond que ce qu’elle ressent lui suffit. Matthieu Jung, dont « Le principe de précaution » avait étonné, table sur la théorie de la mémoire cellulaire pour expliquer cette nécessité des amants à frotter leurs épidermes. La femme trompée, Bénédicte, qui voit son mari se transformer, rajeunir engage un détective privé. Pour savoir. Elle va livrer bataille. Laquelle l’emportera?
Roman subtilement bâti. Et l’auteur s’y entend pour dépeindre un agent d’assurances, un flic douteux devenu détective, une serveuse nature, une épouse cocue mais retorse. Les dialogues, étonnants de naturel sont irréprochables. À travers les lignes une ironie moqueuse. On rit beaucoup.

ROMAN
UN MANOIR EN CORNOUAILLES, PAR EVE CHASE
Collection 10/18, 432 pages, 8,40 euros.

Famille. Secret. Été terrible. Bouleversement de quatre vies.
À croire que ce livre a été écrit pour les vacances, quand le temps n’est pas compté. Car on ne peut lâcher le livre. Un manoir, en Cornouailles, dégradé par le temps, deux femmes qui ont laissé là leurs traces. Leurs récits respectifs s’entrecroisent, à trente années de distance. L’une, jeune fille entourée d’une famille aimante et unie, va voir sa vie chamboulée par un évènement dramatique alors qu’elle passe des vacances dans le domaine. L’autre, en quête d’un lieu parfait pour son mariage est irrésistiblement attirée par ce vieux logis seigneurial. Les deux histoires sont liées.
Une touche gothique, mystérieuse s’ajoute au romantisme. L’auteure semble tirer jubilation à distiller rebondissements, secrets. Qui a dit que les soeurs Brontë n’avaient pas de descendantes.

ROMAN

UN MATIN D’HIVER, PAR PHILIPPE VILAIN,
GRASSET, 144 pages, 15 euros

La disparition d’un homme

Philippe Vilain s’est consacré jusque là à ausculter sa propre vie amoureuse, l’exposant avec finesse, talent, netteté. Une lectrice l’amènera à s’écarter de lui-même. Rencontrée au cours d’un séminaire universitaire, Julie se raconte à lui. Ému, avant d’être hanté par cette destinée, il la prie de le laisser retracer dans « Un Matin d’Hiver  » toute l’histoire. Il placera en tête de l’ouvrage cette formule « Je n’ai rien inventé. » Lui, l’unique sujet de son œuvre entre dans la peau d’une femme. On est renversé.
Quinze ans auparavant, Julie la trentaine, prof de littérature à Jussieu n’a jamais connu l’amour, le grand amour qui imprègne les romans des auteurs qu’elle enseigne, Flaubert, Stendhal, Proust. Dan, américain, dégageant « une expression de grâce virile, sauvage et pacifiée » enseigne la sociologie. Ici il poursuit ses recherches sur le racisme. Ils se plaisent, s’aiment, se marient ont une fille. Le couple s’accommode sans accrocs des départs répétés de Dan pour l’Amérique. Un jour il prend l’avion. « Dan n’a plus donné de nouvelles » Après un voyage de Julie pour Atlanta, des recherches entamées avec son beau-père qui les conduiront dans les quartiers mal famés de Houston où Dan avait projeté d’aller, rien ne sera élucidé. Même après l’enquête officielle. A-t-il voulu changer d’existence, a-t-il été tué, était-il trafiquant, agent infiltré de la CIA? Julie n’en sait pas plus aujourd’hui. L’ignorance est pire que l’absence peut-être. Philippe Vilain semble nous amener à réfléchir sur la duplicité, la confiance, l’erreur. Ce passé empêchera-t-il Julie d’aimer à nouveau, et sa fille, Marie de se délester de sa colère. « L’absence n’est ni la mort ni tout à fait l’espoir, mais cette torture du temps, son inquiétude et son vertige, qui fait espérer des choses auxquelles on fait semblant de croire; l’absence, c’est attendre sans pouvoir agir ni faire le deuil, c’est vivre avec un sentiment d’inachevé. »

Roman

INNOCENCE, par EVA IONESCO
Le livre de poche, 480 pages, 8, 40 euros

Conte Pervers

À la fois féerique et cruelle l’histoire est vraie. Soumise à sa mère photographe, la petite Eva quatre ans, visage angélique, bras dodus prend la pose, fardée, pour des clichés érotiques. Les images sont vendues à la presse, un célèbre magazine allemand étale l’enfant en couverture et le monde entier découvre les photos. La mère entraîne la fillette dans une suite de fêtes, de déguisements, de folies. Toute marginalité isole. La gamine est à l’épreuve avec les autres enfants dont elle est la risée. Nous sommes dans les années 70.
En 2011 Eva met en boite un film sur son enfance, My little princess, avec Isabelle Huppert. En 2015 son mari, Simon Liberati, écrit Eva. En 2017, c’est elle qui fait danser les mots. Pour faire la lumière sur son père, qu’enfant elle n’avait cessé de réclamer. Un père que la mère avait enveloppé d’un sale brouillard. Un livre comme une enquête, dans l’espoir de rebâtir ce qui a été détruit. La langue est directe, incisive, et animée de cette force logée en Eva depuis le début, et qui lui a permis de ne pas perdre pied. Beau, troublant, dérangeant parfois.

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